Publié le 24/07/2023

De quel constat êtes-vous partie pour mener cette recherche action ?

Ce projet de recherche-action a été initié en 2020 par l’ARML à la demande du réseau régional. Depuis plusieurs années, avant même la mise en place de l’Obligation de formation, nous avons constaté une augmentation de la part des jeunes mineurs en premier accueil au sein des Missions Locales. En 2022, les mineurs représentaient 37 % des premiers accueils en Mission Locale (contre 25 % en 2017).

Les équipes ont constaté qu’il y avait un besoin de réinterroger les modalités d’accueil et d’accompagnement de cette tranche d’âge des 16-18 ans, avec une demande d’appui de l’ARML pour les aider à avancer sur ce sujet.

Nous avons donc candidaté à un appel à projets dans le cadre de la stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté. Cela nous a permis de mettre en place entre fin 2020 et la rentrée 2022 ce projet sur le thème « Obligation de formation : quel accompagnement des 16-18 en Mission Locale ? ». Accompagnés par Agnès Heidet, de XOAH et Conseil, nous avons pu construire une démarche collective, à partir d’apports sociologiques théoriques sur les attentes et les usages de cette génération pour réfléchir à comment adapter l’accompagnement de ce public, et expérimenter plusieurs approches.

Comment se sont déroulées ces expérimentations ?

12 Missions Locales se sont portées volontaires pour s’engager dans ce projet pendant un an et demi. Avec en fil rouge : l’accompagnement par l’ARML et le cabinet XOAH.

L’idée de cette action était de partir des premiers constats sur le besoin d’adapter la posture et l’accompagnement pour les tester localement. En complément des apports de XOAH, les jeunes ont été questionnés sur leur vision et leurs attentes vis-à-vis de la Mission Locale. Les Missions Locales se sont ensuite positionnées pour expérimenter différentes modalités d’accompagnement, autour de 4 points d’attention identifiés collectivement : le hors les murs, la posture de l’accompagnateur, la pédagogie et la co-construction avec les jeunes. Elles ont conduit localement des expérimentations avec le soutien du partenaire XOAH.

Nous avons pu évaluer ces actions et en tirer plusieurs points facilitateurs pour capter l’attention de ce public afin de leur faire adhérer à ce que propose la Mission Locale. Pour les jeunes et les professionnels ayant participé aux expérimentations locales, le bilan est positif.

Les Missions Locales et l’ARML continuent de capitaliser aujourd’hui sur cette démarche, notamment en essayant d’introduire de l’innovation, par exemple autour de la ludopédagogie et de la pédagogie par l’expérience.

Témoignage de Géraldine Berger, directrice adjointe de la Mission Locale Rurale de Beaune qui fait partie des Missions Locales engagées dans cette expérimentation

Pouvez-vous nous parler de votre engagement sur la thématique d’accompagnement des jeunes mineurs en Mission Locale ?

Nous sommes engagés au niveau régional depuis 2020 dans un travail d’expérimentation et d’acculturation des usages de la génération Z. A l’origine, nous avions fait un travail en interne à la Mission Locale pour étoffer notre offre de service en tenant compte des différentes caractéristiques des jeunes de 16 à 18 ans.

Dans le cadre de l’Obligation de formation, et avec l’appui de l’ARML et du cabinet XOAH, nous avons expérimenté les échanges de pair à pair. Des anciens jeunes accompagnés sont venus témoigner auprès des jeunes en situation de décrochage sur ce que leur a apporté la Mission Locale à leur âge, les débouchés, leur parcours, etc.

Cela nous a permis de « raccrocher » quelques jeunes en décrochage scolaire.

Vous avez récemment mené une nouvelle action, en collaboration avec les établissements scolaires, pouvez-vous nous en dire plus ?

Depuis la mise en place de l’Obligation de formation, nous travaillons de manière plus étroite avec l’Education nationale. En effet, nous avons une personne référente sur le sujet Obligation de formation au sein de notre équipe. Celle-ci participe régulièrement aux réunions FOQUALE (tous les 2 mois) avec les chefs d’établissement, référents décrochage de notre zone, infirmières et assistantes sociales scolaires, CPE et le CIO,

Suite à des réflexions en interne, nous avions eu l’idée de proposer, lors d’une réunion PSAD, plateforme de décrochage (1 rencontre par an réunissant tous les chefs d’établissement du département, le conseil départemental, et les acteurs en contact avec les jeunes scolaires, etc.), des ateliers à titre expérimental au sein des établissements scolaires en nous positionnant comme une passerelle, une interface entre l’école, le monde de l’entreprise et les jeunes. L’objectif présenté étant la prévention du décrochage, en faisant réfléchir les jeunes sur le monde après l’école et en apportant notre expertise. Notre proposition a tout de suite suscité de l’intérêt auprès du comité.

La Mission Locale est donc intervenue dans 4 établissements scolaires sur proposition spontanée des chefs d’établissement : 2 lycées professionnels pour des terminales, un établissement d’enseignement adapté (EREA) auprès de classes de 3ème et une Maison familiale rurale (MFR) avec des classes de 3èmes. Nous avons échangé sur les besoins des élèves et les attentes des professeurs avec les établissements volontaires pour concevoir les ateliers.

Quels sont les thèmes principaux et comment vous les abordez avec les jeunes ? 

« Le monde après l’école », avec l’enjeu de les faire réfléchir sur ce qu’il y a après l’école. Il s’agissait d’espaces de discussions, où les jeunes peuvent s’exprimer, écouter, être écouté, avoir confiance et échanger… 

L’atelier se déroule autour des expériences amenées par les jeunes : l’intérêt est de s’appuyer sur du vécu, du concret : ce n’est pas un cours, ni une présentation des services de la Mission Locale.  

Quelques exemples d’ateliers : réflexion autour de la notion de « travail », se mettre dans la peau du « patron » en réfléchissant aux questions à poser à un candidat lors d’un recrutement, les pires conseils pour rater un entretien en prenant le contre-pied pour adopter les bonnes postures. 

Quels sont les retours des jeunes pendant et après l’intervention ?  

Les jeunes se sont prêtés au jeu pour la grande majorité, ils ont apprécié qu’on leur donne la parole.

Etant donné que les ateliers avaient lieu au sein même des établissements, les jeunes ont pu prendre conscience qu’il était possible d’avoir ces espaces d’échanges, d’expression tout en étant dans une « institution » qu’est l’école.

👉 Retrouver la synthèse de la recherche-action « Obligation de formation : quel accompagnement des 16-18 en Mission Locale ? » sur la chaîne Youtube de l’ARML Bourgogne-Franche-Comté
Retour