Un article de Clément Allender, diffusé avec l’aimable autorisation d’AEF
Leur inquiétude, formulée il y a quelques mois, se confirme. À l’occasion de la rentrée des élus du réseau des missions locales, organisée mercredi 30 septembre au Sénat, l’Union nationale des Missions Locales (UNML) a jugé “énorme” les efforts demandés au ministère du Travail dans le cadre du projet de loi de finances 2027 (PLF). Ce dernier sera présenté demain en Conseil des ministres. À la mi‑septembre, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, avait annoncé que le ministère du Travail serait mis à contribution à hauteur de 2,5 milliards d’euros sur les 54 milliards d’euros “d’effort budgétaire” prévus dans la copie gouvernementale. Stéphane Valli, le président de l’UNML, craint que ce nouveau coup de rabot sur la mission Travail n’affecte le fonctionnement des Missions Locales, dont l’enveloppe de fonctionnement devrait de nouveau diminuer cette année, après deux années de tour de vis budgétaire.
Les crédits du contrat d’engagement jeunes maintenus
Les crédits alloués au contrat d’engagement jeunes et aux parcours contractualisés d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie (Pacea) devraient être quant à eux sanctuarisés. Lors de son intervention, Benjamin Maurice, délégué général à l’emploi et à la formation professionnelle, n’a pas donné d’indication sur les autres arbitrages budgétaires, expliquant que sa mission avait été de réduire “l’ampleur de l’effort” demandé aux structures associatives. Il a toutefois tenté de justifier les choix de Matignon de couper dans les dépenses de la mission Travail. “Si vous faites des plus, il faut faire des moins ailleurs”, a‑t‑il concédé, en expliquant que si les budgets de la défense, de l’écologie ou de la justice étaient préservés, d’autres devraient être mis à contribution.
Les jeunes, une priorité pour le réseau
Un discours qui a à moitié convaincu l’auditoire, composé de nouveaux élus ayant intégré le réseau des missions locales à l’issue des élections municipales de 2026. “Nous sommes quasiment, pour certaines structures, à l’os”, alerte Stéphane Valli, rappelant que près de 1500 postes ont disparu entre 2024 et 2026 et que les difficultés financières des collectivités territoriales pèsent également sur les Missions Locales. “Nous sommes prêts à faire un effort, comme tous les services publics mais il ne doit pas se faire au détriment des jeunes”, poursuit‑il. La jeunesse reste en effet au cœur des priorités de l’UNML. Stéphane Valli considère que cette dernière s’est “paupérisée”, expliquant que les Missions Locales constatent sur le terrain des difficultés qui dépassent la seule question de l’accès à l’emploi mais touchent à la question du logement, de la mobilité ou de la santé mentale.
Un plaidoyer commun dans le cadre de l’élection présidentielle
Selon l’UNML, un quart des jeunes accompagnés vivent sous le seuil de pauvreté. Le réseau accueille également de plus en plus de mineurs, avec une hausse de 20 % en cinq ans. Le représentant du réseau entend profiter de l’élection présidentielle 2027 pour porter le sujet. “Nous souhaitons que la jeunesse soit une priorité de l’élection présidentielle”, confirme son président. L’organisation travaille ainsi à la construction d’un plaidoyer commun, avec l’objectif d’aboutir à un argumentaire partagé d’ici un mois. Des auditions de candidats à l’élection présidentielle pourraient également être organisées.
“Allégez‑nous tous ces temps administratifs !”
Outre le budget et la jeunesse, la charge administrative constitue un autre point de vigilance pour l’organisation d’employeurs. “Si vous voulez que nous fassions des économies, allégez‑nous tous ces temps administratifs !”, lance Agnès Canayer, sénatrice de la Seine‑Maritime et présidente de la Mission Locale du Havre, sous les applaudissements. Selon les chiffres fournis par l’UNML, cette charge aurait en effet augmenté de 20 à 30 % en quelques années. Dans un contexte de contraintes budgétaires accrues, l’organisation estime donc que la simplification administrative pourrait constituer un levier d’économies ‑ notamment Stéphane Valli, qui y voit un “coût sur lequel on peut agir”.
Une conception trop centrée sur l’emploi
La nouvelle convention pluriannuelle d’objectifs (CPO) était également au centre des discussions. Pour rappel, cette CPO 2026‑2028 modifie la répartition des financements de l’État entre les Missions Locales, avec une prise en compte du contexte territorial, de l’activité et de la performance, ainsi qu’une comparaison entre structures. Si l’UNML affirme qu’elle ne remet pas en cause le principe d’une évaluation, l’organisation d’employeurs demande qu’elle soit “équitable, contextualisée et cohérente avec la mission globale des Missions Locales”. L’Union nationale des Missions Locales dénonce notamment une conception de la performance encore trop centrée sur l’emploi, estimant que la progression des jeunes et la levée des freins à l’insertion doivent également être prises en compte.