Publié le 02/10/2023

La force du destin : quel est le poids des héritages dans les parcours scolaires ?

7 ans après leur entrée en sixième, deux tiers des élèves des catégories supérieures entreprennent des études supérieures, contre un peu plus d’un quart parmi les enfants de familles modestes ; c’est le cas pour près de la moitié des filles, mais à peine plus d’un tiers pour les garçons ; et de 43 % des enfants de natifs, pour 38 % des enfants d’immigrés. Cette empreinte massive des origines sociales ainsi que du genre, et significative de l’ascendance migratoire, sur les acquis, les performances et les trajectoires des élèves se construit dès la petite enfance.

Chaque étape de la scolarité contribue à la fabrique des inégalités, selon un processus de sédimentation de couches successives de nature et de « dureté » variables : avant trois ans les premières compétences se développent de manière différenciée selon les caractéristiques héritées. Le passage par l’école primaire n’efface pas ces différences, qui se creusent au collège avant que les orientations de fin de troisième n’amplifient des écarts fortement corrélés aux origines sociales et migratoire et au sexe. Le second cycle de l’enseignement secondaire superpose aux inégalités de niveaux de certification (inégalités dites « verticales ») des inégalités horizontales de filières et de spécialisations qui ne sont pas valorisées de la même manière dans l’enseignement supérieur et sur le marché du travail. Les choix de poursuite – ou non – d’études viennent parachever, en les cristallisant, des divergences que ne suffisent pas à expliquer le seul « niveau » des élèves en début de parcours.

Des trois dimensions étudiées, l’origine sociale pèse le plus sur les trajectoires

La dépendance de la réussite scolaire au milieu socioéconomique et culturel des élèves français figure parmi les plus élevées des pays de l’OCDE. Même avec de bons résultats en début de scolarité, les enfants de famille modeste ont des parcours en moyenne plus heurtés, aux débouchés nettement moins favorables. Les enfants des familles favorisées ont des scolarités plus longues, redoublent moins, sortent nettement moins souvent précocement du système scolaire, ont de meilleurs résultats aux examens, choisissent des orientations perçues comme « plus rentables » et « compensent » davantage d’éventuelles difficultés.

Significatif, le poids du genre est cependant moindre et ses e­ffets sont paradoxaux : les filles ont en moyenne de meilleurs résultats, mais elles s’orientent dans des parcours moins valorisés sur le marché du travail. Leurs plus faibles résultats en mathématiques ne suffisent pas à l’expliquer. Les écarts entre filles et garçons sont d’ailleurs plutôt moins prononcés en France qu’ailleurs, mais les premières désertent les filières scientifiques et industrielles. Par exemple, seuls 14 % des élèves en spécialité numérique et sciences de l’ingénieur sont des filles, alors qu’elles représentent 56 % des élèves de terminale générale.

Enfin, le poids propre de l’ascendance migratoire est modéré et à caractéristiques sociales données, globalement limité, voire inexistant. Les enfants d’immigrés sont souvent « des pauvres comme les autres » et leur trajectoire scolaire s’explique d’abord, comme pour les autres élèves, par les caractéristiques sociales de leurs parents.

Une mise en perspective qui appelle une réflexion sur les politiques publiques

Accueil des jeunes enfants, rôle de l’école primaire, mixité des établissements, orientation : ce large panorama apporte une lecture documentée des mécanismes de la fabrique des inégalités de diplôme, déterminant clé des futures inégalités sociales.

Il sera prolongé par la publication, fin septembre, d’un rapport commandé par l’Assemblée nationale relatif aux politiques publiques en faveur de la mobilité sociale des jeunes.

Les opinions exprimées dans ces documents engagent leurs auteurs
et n’ont pas vocation à refléter la position du gouvernement.

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