Quel est votre regard sur ces baisses budgétaires du réseau des Missions Locales prévues dans la proposition initiale du projet de loi de finances 2026 ?
Que l’on souhaite toucher au budget des Missions Locales est un non-sens, à la fois au regard de l’état préoccupant de la jeunesse et des missions de service public qu’elles assurent sur l’ensemble du territoire. Leur rôle est essentiel, bien sûr sur tout ce qui touche à l’emploi ou à la formation, mais aussi sur l’ensemble de l’accompagnement social qu’elles proposent aux jeunes : santé, psychologie, logement, culture… En somme, tout ce qui est indispensable pour permettre aux jeunes de traverser cette période difficile et de continuer à avancer dans leur vie. Il est donc essentiel de soutenir les Missions Locales afin qu’elles puissent continuer à assurer ce rôle pivot.
Le projet de loi de finances proposé laisse peu de place à la jeunesse. Quelle ambition devrait-on porter pour les jeunes ?
Les jeunes sont confrontés à de nombreuses difficultés. La question du logement, par exemple, est centrale. De nombreux jeunes se retrouvent dans des situations de colocation forcée ou contraints de rester chez leurs parents. Tout cela ne favorise pas leur insertion. Il faut donc davantage de moyens pour, à la fois, les accompagner vers la formation professionnelle, mais aussi pour assurer la prise en charge des jeunes en situation de rupture, à travers un suivi individuel adapté. Pour cela, nous avons besoin de professionnels qualifiés et de moyens à la hauteur des problématiques rencontrées. C’est donc un choix politique que nous devons faire : celui de privilégier la jeunesse et de lui accorder les financements nécessaires pour être à la hauteur de ses enjeux.
Le constat est simple : si nous ne faisons pas ce choix pour l’avenir, c’est une forme de mort programmée de notre société.
Au cours de cette période, vous avez été en lien avec la Mission Locale du Pays Basque, qui vous a alertée sur la situation du réseau. Quels sont vos liens avec la structure ?
J’ai été avocate pendant 40 ans et j’ai été amenée à défendre des jeunes qui étaient suivis par la Mission Locale du Pays Basque. Je connais donc bien la présidente et la directrice, ainsi que le travail remarquable mené sur ce vaste territoire. Elles m’ont sollicitée pour échanger sur ce sujet de baisse budgétaire. Je suis ainsi allée à la rencontre des professionnels, où j’ai pu constater leur engagement et le travail sur mesure qu’ils proposent pour chaque jeune accompagné. Cette rencontre a renforcé ma conviction et m’a conduite à déposer un amendement pour défendre les Missions Locales et les jeunes qu’elles accompagnent.
C’est un soutien naturel, au regard de l’engagement total de la présidente, des professionnels et des bénévoles de la structure, ainsi que de l’attention portée à l’adaptation de l’accompagnement à chaque situation, à chaque jeune. Il est essentiel de saluer et de reconnaître le travail accompli.
Est-ce que votre prise de position en faveur du réseau a reçu un écho favorable auprès de vos collègues parlementaires ?
Oui, même si certains de mes collègues ne connaissaient pas réellement les Missions Locales. Je les invite généralement à aller à la rencontre des structures de leur circonscription afin qu’ils puissent constater concrètement le travail réalisé et l’absolue nécessité de les soutenir. De manière générale, je pense qu’on ne peut pas tenir un certain type de discours vis-à-vis de la jeunesse sans être prêt à soutenir les acteurs qui œuvrent au quotidien pour elle. Les Missions Locales en font pleinement partie.
De manière plus générale, comment avez-vous vécu cette période de débat budgétaire ?
C’est une période difficile. Sur le plan strictement parlementaire, elle est intéressante, car nous avons pu avoir de véritables débats, avec des discussions de fond sur chacun des articles avant le vote, ainsi que des échanges approfondis avec nos collègues sur différents sujets. En revanche, il est décevant de constater que nous ne disposons pas encore d’une véritable culture du compromis. Il est très difficile de faire adhérer, mobiliser ou faire évoluer certaines positions. Chacun reste campé sur ses dogmes, parfois au mépris de la réalité. Or, aucun parti politique n’est majoritaire dans cette Assemblée. Nous n’avons donc pas d’autre choix que de rechercher le compromis, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un sujet aussi fondamental que le budget de l’État.