Membre associé aux travaux du COJ, l’UNML a lancé en juillet 2025 un appel à participation afin de désigner des jeunes accompagnés par les Missions Locales pour siéger au sein des commissions du Conseil et représenter leurs pairs. À l’issue du dépôt des candidatures, deux binômes ont été constitués :
- Clara Bénard, Mission Locale Terres de Lorraine, titulaire
- Jérémie Ntela Kiasi, Mission Locale Technowest, titulaire
- Chiné Togou Djimet, Mission Locale Pour l’Emploi Strasbourg Eurométropole, suppléante
- Yackim Fredon, Mission Locale Guadeloupe, suppléante
Dans le cadre de leurs mandats, ils sont accompagnés par Wendy Lafaye, présidente de l’ARML Amilaura et Marc Godefroy, président de la Mission Locale Impulsions Métropole Sud, également deux membres du COJ au titre du représentant du réseau des Missions Locales.
Un engagement pour porter la parole des jeunes de Missions Locales
Pourriez-vous vous présenter ?
Clara : Je m’appelle Clara, j’ai 24 ans et je dispose de deux masters en droit. J’ai tenté de passer une première fois le concours d’avocat, que je n’ai malheureusement pas obtenu. Suite à cela, j’ai connu une phase de questionnement sur mon orientation. Cela m’a menée à pousser la porte de la Mission Locale Terres de Lorraine, où j’ai pu effectuer des stages dans la protection de l’enfance. Cette expérience m’a permis de découvrir et de m’ouvrir à un nouveau secteur.
Aujourd’hui, je suis toujours accompagnée par la Mission Locale dans le cadre d’un CEJ. En parallèle, je travaille à mi-temps comme assistante de justice à la cour d’appel de Nancy.
Jérémie : Je m’appelle Jérémie et je suis accompagné par la Mission Locale Technowest. Dans mon parcours, j’ai toujours eu la volonté de représenter les jeunes et de porter leur parole, notamment celle de ceux que l’on entend rarement. Je m’investis ainsi dans plusieurs associations dans ma commune de Mérignac, avec la même ambition : agir et faire évoluer les choses à notre échelle.
Je suis également membre d’IMPACT, l’instance de participation et d’écoute des jeunes mérignacais. Cet espace nous apprend à débattre, à confronter nos idées et à agir concrètement pour notre territoire. Il nous responsabilise et nous permet de transformer nos réflexions en actions, tout en affirmant la voix et la place des jeunes dans la société.
Qu’est-ce qui a motivé l’envoi de votre candidature pour siéger dans les instances du COJ ?
Clara : C’est ma référente en Mission Locale qui m’en a parlé. J’y ai vu une opportunité de porter la parole des jeunes et, en lien avec mes études, de plaider pour améliorer leurs conditions de vie. C’est donc tout naturellement que j’ai choisi de me porter candidate.
Jérémie : J’ai vu dans cette proposition une continuité avec mes engagements locaux. Elle me permet de poursuivre, à l’échelle nationale, mes réflexions sur la place des jeunes dans la société. Il est primordial que les jeunes aient leur place dans ces espaces de réflexion et puissent confronter leurs points de vue avec des chercheurs ou des représentants institutionnels. Sans prendre en compte leurs attentes, il est difficile de bâtir des politiques de jeunesse justes et cohérentes avec leurs besoins.
Qu’est-ce que cet engagement, à la fois local et national, peut t’apporter Jérémie ?
Jérémie : Cela me permet de mieux comprendre les orientations des instances nationales et leurs objectifs. Je peux ainsi appréhender plus facilement les politiques qui sont ensuite déployées au niveau local.
Formuler des propositions sur les thématiques portées par le COJ
Pouvez-vous nous présenter votre rôle de référent jeune au sein du COJ ?
Clara : Le COJ nous adresse des thématiques qui sont ensuite débattues en commission. Nous avons la possibilité de formuler des propositions et de poser des questions.
Par exemple, nous travaillons actuellement sur le sujet du cumul emploi-études. Ayant moi-même suivi des études exigeantes, j’ai parfois pu me sentir en décalage avec certains points de vue. Notre rôle est justement d’apporter ce regard et ces témoignages dans des débats où les interlocuteurs ne connaissent pas toujours précisément les situations vécues par les jeunes.
Jérémie : Comme l’a dit Clara, nous travaillons sur différentes thématiques et formulons des propositions. Concrètement, nous réfléchissons à la manière de les aborder et à la façon de les relier à nos expériences personnelles afin d’enrichir les discussions en commission.
Nous avons également un groupe WhatsApp qui nous permet d’échanger tous les quatre, de partager nos interrogations et de nous coordonner avant les réunions.
Clara, vous évoquez un décalage entre certains discours institutionnels et le vécu des jeunes. Comment l’expliquez-vous ?
Clara : Je pense qu’il est parfois nécessaire de nuancer certains propos ou certaines expériences présentées dans ces instances.
Par exemple, sur le sujet du cumul emploi-études, la discussion porte surtout sur la manière de mieux organiser ce cumul pour les étudiants. Or, selon moi, il faudrait plutôt réfléchir aux moyens d’éviter que les étudiants soient contraints de travailler en parallèle de leurs études. Certaines formations ne permettent pas ce cumul ou le rendent très difficile, parfois au détriment de la réussite.
Comment recueillez-vous la parole des jeunes pour nourrir ces échanges ?
Clara : J’ai créé un atelier dans ma Mission Locale pour recueillir la parole des jeunes sur différents sujets. Cela me permet ensuite de relayer leurs points de vue lors des commissions.
Je suis également en cours de création d’une association de jeunes au sein de ma Mission Locale afin qu’ils puissent se retrouver, échanger et faire remonter leurs idées. Si l’initiative fonctionne, l’objectif serait de pouvoir la développer dans d’autres Missions Locales.
Jérémie : De mon côté, j’essaie d’aller régulièrement sur le terrain pour discuter avec les jeunes, leur poser des questions et mieux comprendre leurs attentes ou leurs difficultés. Les ateliers organisés par la Mission Locale sont aussi très utiles pour recueillir leurs témoignages.
Vous vous êtes retrouvés le 10 février lors de l’assemblée plénière du COJ. Que retenez-vous de cette journée ?
Clara : Cette journée nous a permis de mieux nous connaître entre jeunes référents du COJ, notamment grâce à l’atelier organisé par l’Institut Bertrand Schwartz et l’UNML en début de matinée. J’ai beaucoup apprécié ce moment, qui nous a permis de réfléchir à la manière d’être les meilleurs représentants possibles des jeunes. C’est d’ailleurs un format d’atelier que j’ai pu reproduire dans ma Mission Locale.
Concernant la plénière, j’ai été marquée par l’engagement des jeunes dans les échanges, mais aussi par le fait que les rapports présentés étaient réellement pris en compte par la ministre.
J’ai également appris beaucoup de choses sur le fonctionnement des instances et les relations avec le ministère. Cette journée a rendu très concret le travail mené au sein des commissions.
Jérémie : C’est un souvenir très précieux. Nous formons un groupe de jeunes différents mais avec beaucoup de points communs et surtout une même envie : représenter au mieux les jeunes des Missions Locales et faire entendre leur voix.
C’était aussi la première fois que nous nous rencontrions en personne, ce qui a renforcé la cohésion du groupe. C’est une grande fierté d’exercer ce mandat et d’avoir pu assister ensemble à la remise du rapport sur lequel nous avons travaillé.
Le Conseil d’orientation des politiques de jeunesse (COJ) est une instance consultative placée auprès du Premier ministre. Il réunit des représentants de l’État, des collectivités, des associations et des acteurs de la jeunesse pour éclairer les politiques publiques qui concernent les jeunes. Le COJ formule des avis et produit des rapports sur les grands enjeux liés à la jeunesse.
Inviter les jeunes à prendre leur place dans la société
Quel regard portez-vous sur la jeunesse aujourd’hui ?
Clara : Nous avons une belle jeunesse, pleine d’idées, mais parfois en perte de sens ou d’identité. Les jeunes ont envie d’agir mais ne savent pas toujours comment s’y prendre.
Il faut aller vers eux, les encourager, parfois les bousculer pour leur permettre de s’engager. Mais cela suppose aussi que les institutions leur fassent confiance et leur accordent une véritable place, à tous les niveaux.
Jérémie : Beaucoup de jeunes se battent pour eux-mêmes mais aussi pour l’ensemble de leur génération. Les pouvoirs publics ne peuvent pas ignorer cette réalité.
Nous savons exprimer nos ressentis et nous sommes les mieux placés pour parler de ce que vivent les jeunes. La meilleure façon de comprendre la jeunesse est de lui donner la parole.
Que diriez-vous à un jeune pour l’encourager à s’engager ?
Clara : Il est important de s’impliquer. Si l’on reste dans la plainte sans agir, rien ne changera. L’engagement peut commencer par des choses simples : rejoindre une association, participer à des débats ou assister à des conseils municipaux.
Jérémie : Je lui dirais que nous avons la responsabilité de nous élever et de nous battre pour être entendus. L’avenir que nous voulons doit être construit par nous-mêmes. Personne ne le fera à notre place.
Il faut s’engager dans nos territoires, être présents dans les institutions et faire en sorte que la jeunesse y soit représentée.
La jeunesse n’est pas seulement l’avenir : c’est une force du présent. Nous faire confiance, c’est renforcer notre démocratie et préparer les acteurs de demain.
De gauche à droite : Chiné Togou Djimet, Clara Bénard, Yackim Fredon et Jérémie Ntela Kiasi