« En tant que président de Mission Locale, comment percevez-vous l’apport de la culture – qu’elle soit vécue comme spectateur, lecteur… ou acteur – dans le parcours des jeunes que les Missions Locales accompagnent ?
Mario Gonzalez : La culture n’est pas un luxe, c’est un droit et un outil d’émancipation. Pour les jeunes que nous accompagnons, elle permet de se reconstruire, de se projeter et de se réapproprier une place dans la société. Qu’ils soient spectateurs, acteurs ou créateurs, l’accès à la culture leur offre des clés pour comprendre le monde, développer leur esprit critique et renforcer leur estime de soi.
Pouvez-vous nous citer un ou deux exemples d’actions menées par la Mission Locale pour faciliter l’accès à la culture des jeunes ? Comment ces dispositifs sont-ils pensés pour toucher ceux qui en sont le plus éloignés ?
Deux exemples me viennent en tête. Tout d’abord, la participation de la Mission Locale à un nouveau tiers-lieu appelé « CINNEY » dans le quartier de la Porte Montmartre à Clignancourt, l’un des quartiers les plus fragiles économiquement et socialement d’Île-de-France.
Ce site accueillera à la fois une épicerie solidaire gérée par l’Armée du Salut et deux salles de cinéma animées par l’association Sira Prod, spécialisée dans le cinéma documentaire. L’objectif est de créer une synergie entre acteurs sociaux et culturels pour offrir une réponse globale aux besoins des jeunes du quartier, souvent éloignés des offres culturelles traditionnelles.
Le choix de ce quartier, classé en politique de la ville, n’est pas anodin : il s’agit d’un territoire dénué d’offre culturelle, notamment cinématographique. La Mission Locale y voit une opportunité de réduire les inégalités d’accès à la culture en allant directement à la rencontre des jeunes, là où ils vivent.
L’ambition ne se limite pas à une simple colocation d’activités. Il s’agit de co-animer le lieu avec les jeunes accompagnés par la Mission Locale, en les intégrant activement aux activités proposées : ateliers autour du cinéma, découverte des métiers de l’audiovisuel, utilisation d’un studio d’enregistrement et d’une salle polyvalente, médiations culturelles, etc.
Ce projet est porté par un vaste partenariat : la Mairie de Paris, l’État, la Région, mais aussi les acteurs locaux comme le centre social, le centre d’animation et les nombreuses associations culturelles déjà présentes dans le quartier. L’objectif est de travailler en réseau pour enrichir l’offre et toucher un public toujours plus large.
Le deuxième projet est le projet théâtral avec l’École de l’Opéra de la Parole.
En 2024 et 2025, la Mission Locale de Paris a mené un projet théâtral en partenariat avec l’École de l’Opéra de la Parole. Ce projet a réuni plusieurs jeunes aux profils variés : certains confrontés à de grandes difficultés, d’autres en recherche d’emploi, avec des niveaux de formation très différents.
Les jeunes ont été invités à coécrire et jouer une pièce de théâtre racontant leurs propres histoires. Ce processus leur a permis de découvrir le monde du théâtre, de la prise de parole en public, des répétitions et des salles de spectacle – des univers souvent inaccessibles pour eux.
Pour les jeunes comme pour le public, ce projet a eu un impact important. Pour les jeunes, une découverte de la culture comme vecteur d’émancipation, une prise de confiance en soi, et une ouverture vers de nouveaux horizons professionnels (métiers du spectacle, de la création, etc.). Et pour le public : une sensibilisation aux réalités et aux parcours des jeunes accompagnés par la Mission Locale, brisant les préjugés et créant du lien social.
Quels sont, selon vous, les principaux freins à l’accès à la culture pour les jeunes accompagnés par la Mission Locale ?
Les freins sont multiples : méconnaissance de l’offre, sentiment de ne pas être légitime, contraintes financières, manque de temps. Pour y répondre, nous travaillons main dans la main avec les acteurs culturels locaux pour simplifier l’accès (tarifs solidaires, horaires adaptés…) et démystifier la culture (visites guidées, médiations spécifiques). L’enjeu est aussi de former les professionnel.les de la Mission Locale à proposer des actions dans le champ culturel, comme on propose une formation ou un emploi.
En conclusion, je dirai que la culture n’est pas un à-côté, mais un élément central de l’accompagnement des jeunes. Grâce à des dispositifs innovants et à des partenariats renforcés, la Mission Locale de Paris montre que la culture, sous toutes ses formes, peut être un levier puissant d’insertion et d’épanouissement.
Réflexion sur les freins et les leviers d’accès à la culture pour les jeunes accompagnés par les Missions Locales
Les principaux freins identifiés
- L’accompagnement humain : sans médiation, sans personne pour guider, informer ou encourager, les jeunes ne franchissent pas le pas.
- Les moyens financiers pour les Missions Locales : l’accompagnement dédié a un coût, avec un besoin de postes dédiés.
Les pistes pour renforcer l’accès à la culture
- Multiplier les partenariats avec les acteurs culturels locaux (associations, salles de spectacle, artistes, etc.) pour diversifier l’offre et la rendre accessible.
- Aller vers les jeunes : implanter des dispositifs là où les jeunes vivent, pour lever les barrières géographiques et psychologiques.
- Impliquer les jeunes dans la création et l’animation des projets culturels, pour qu’ils en deviennent les acteurs et non simplement les bénéficiaires.