Publié le 09/01/2026

Pouvez-vous nous présenter le dispositif ?

CoDesign Ton Toit est un projet de colocation solidaire que nous mettons en œuvre depuis 2021 sur la métropole lilloise. Nous avons pris conscience qu’au sein de notre territoire, une majorité de jeunes rencontre des problèmes de logement et se retrouve sans solution, parfois pendant plusieurs mois. Nous avons souhaité développer un projet permettant d’aider les jeunes à trouver une solution de logement. Pour cela, nous avons proposé à un groupe de jeunes de définir ce projet et ses axes. Cette réflexion, qui a duré un an, a abouti à la création de ce projet de colocations solidaires et à l’ouverture, en 2023, de la première colocation.

Actuellement, nous disposons de 8 colocations sur la métropole et nous envisageons, à terme, d’en ouvrir 12. En termes d’organisation, nous travaillons en lien avec le GRAAL, une agence immobilière à vocation sociale lilloise, qui gère la partie locative (trouver des logements, faire le lien avec les propriétaires, gérer les baux…) : cela nous permet de nous concentrer sur l’accompagnement des jeunes.

Enfin, pour faciliter l’accès aux jeunes, nous essayons de proposer les loyers les plus bas possible. Nous sommes sur une moyenne de 320 euros dans quasiment chacune de nos colocations. Après déduction des aides, cela leur revient à 120-150 euros par mois.

Comment les jeunes peuvent bénéficier de ces logements ?

Ce dispositif est ouvert à tous les jeunes de 18 à 25 ans qui font part aux conseillers de leurs problèmes de logement. Ce sont souvent des jeunes en situation de rupture familiale, suite à leur coming-out par exemple, mais toujours hébergés chez leurs parents. Cette situation ne leur permet pas de se mobiliser pleinement dans leur parcours d’insertion. Ma collègue chargée de projet, Tessa Ferreira, qui intervient sur la partie gestion du projet, propose à ces jeunes des réunions d’information collectives pour leur présenter la colocation, les logements, leurs droits mais aussi leurs devoirs. À l’issue de cette réunion, un speed-meeting est organisé avec les locataires actuels et les jeunes intéressés à rejoindre la colocation. En contrepartie, les jeunes s’engagent à suivre un triple accompagnement proposé par ma collègue Tessa, portant sur l’accès à l’emploi, l’accès à un logement pérenne et un accompagnement vers l’autonomisation (l’hygiène, la gestion des budgets…).

L’objectif est qu’une fois sortis de ce dispositif, ils soient autonomes dans la gestion de leur logement et qu’ils aient les bases du vivre-ensemble. Ce dernier volet est primordial : de nombreux jeunes n’ont jamais vécu seuls et cela se remarque. Il y a beaucoup à faire pour les aider à apprendre à vivre dans leur logement.

Quels sont les retours des jeunes qui bénéficient du dispositif ?

Nous proposons aux jeunes intéressés des parcours de 18 mois, voire un peu plus, afin d’éviter les sorties sèches. Étant donné que nous sommes dans la troisième année du dispositif, nous n’avons pas encore le recul nécessaire pour mener une étude qualitative. En revanche, les premiers témoignages sont positifs : les jeunes se sentent en sécurité et se sont facilement mobilisés vers les autres étapes de leur insertion. Ce sont également des jeunes avec qui nous avons un contact privilégié étant donné que leur lieu de vie est lié à la Mission Locale. C’est beaucoup plus simple de travailler avec eux.

Enfin, l’autre intérêt réside dans la mixité des profils que nous opérons au sein des colocations. Au sein d’une colocation, on peut avoir un jeune en phase de construction de son projet, un en début de son parcours d’insertion (intérim, alternance…) et un troisième en fin de parcours (CDD, début de CDI). À travers cette répartition, on cherche à développer de la “pair-aidance” et à faire en sorte que le jeune en fin de parcours remplisse un rôle de “modèle” pour ses pairs. Au total, une soixantaine de jeunes ont bénéficié de CoDesign Ton Toit.

Est-ce que d’autres Missions Locales peuvent s’emparer de ce projet ?

Nous avons, dès le lancement de CoDesign Ton Toit, réfléchi aux modalités pour l’essaimer dans le reste du territoire, notamment en raison du financement du “FSE+ Innovation Sociale” que nous recevons pour le déployer. En termes d’objectifs fixés par le fonds, nous devons sensibiliser vingt territoires et en compter cinq qui s’approprient le projet d’ici fin 2026. Pour cela, nous avons formalisé un kit d’accompagnement qui comporte une trentaine de documents qui vont de l’affichage au sein des colocations jusqu’aux guides pratiques pour trouver des financeurs ou un gestionnaire locatif. Nous souhaitons réduire au maximum les ressources internes nécessaires en termes d’ingénierie de projet afin de permettre aux Missions Locales ne disposant pas de chargé de projet de s’en emparer.

L’idée est également de ne pas calquer notre modèle : le dispositif est prévu pour être suffisamment flexible pour s’adapter aux politiques d’accompagnement des structures, aux besoins des jeunes ou aux caractéristiques des territoires. On voit cela comme une force du dispositif : plusieurs manières de travailler ce projet qui vont nous permettre d’avoir un échange de pratiques riche à l’échelle nationale.

Avez-vous des Missions Locales qui se sont déjà lancées dans le projet ? Si oui, comment cela se passe-t-il ?

Nous comptons deux Missions Locales qui se sont emparées du projet : celles de Rouen et celle de Tourcoing. Pour Tourcoing, après un premier essai, elle s’apprête à lancer une nouvelle colocation dans les prochains mois en passant par le même gestionnaire locatif avec lequel nous travaillons.

Concernant Rouen, ils se sont tournés vers un bailleur social qui dispose lui-même d’un projet de colocations dans leur parc social. Ce dernier prend ainsi en charge toute la partie locative, ne laissant à la Mission Locale que la partie accompagnement du jeune, ce qui est beaucoup moins lourd à gérer. Ils sont très satisfaits de ce partenariat.

Enfin, dans les projets en cours de réflexion, on travaille avec l’ARML Île-de-France et des structures du Val-de-Marne pour potentiellement mutualiser certaines dominantes du projet et permettre aux structures d’avoir moins de contraintes à gérer.

Pour plus d’informations sur le projet et sa mise en œuvre, nous vous remercions de contacter Simon BERNARD, chargé de projet essaimage CoDesign Ton Toit.

Retour
Secret Link