Comment les annonces budgétaires ont-elles été vécues au sein de votre Mission Locale ?
Cette annonce a été un choc, j’ai souhaité, avant de communiquer à l’ensemble des équipes prendre un temps préalable et nécessaire d’analyse de la situation. J’avais besoin de faire le point avec l’équipe de direction et de comprendre les impacts : ce que représentent concrètement 13 % de financement en moins, quelle est la mécanique de calcul, et quels sont les enjeux sous-jacents.
Une fois ce diagnostic partagé, nous avons ensuite interpellé la présidente et les élus du bureau. Ils nous ont témoigné de leur soutien et de leur engagement en amont des actions à mener, tant sur le plan de la communication et de la mobilisation que de l’organisation de la structure. Cela nous a beaucoup rassurés.
Enfin, nous en avons parlé avec les professionnels : nous avons pris le temps de leur présenter le contexte, la situation et les actions qui ont été et vont être mises en œuvre, notamment au niveau national. Sur ce point, l’action et l’outillage de l’UNML ont été une vraie plus-value. Je m’en suis largement appuyée pour présenter la mobilisation et annoncer les rencontres à venir avec les parlementaires.
Quelle a été la réaction de votre équipe suite à ces annonces ?
Ils ont fait part de leur inquiétude : ils connaissaient ce risque de baisse budgétaire, mais sans en anticiper une telle ampleur. Cela a ranimé d’anciennes craintes.
L’année dernière, nous avions connu une baisse de 10 % suite à la réduction des dotations de l’État et des collectivités. Quinze postes de CDD n’avaient pas été reconduits ; cela a entraîné une période de réorganisation particulièrement exigeante, qui a demandé beaucoup d’engagement et d’adaptation de la part de tous.
Les professionnels craignent de se retrouver dans cette situation une nouvelle fois. D’autant plus que, étant donné que nous n’avons plus de CDD au sein de la structure, la peur d’un plan social a clairement été évoquée par nos collègues.
Est-ce que c’est un sujet que vous évoquez avec les jeunes accompagnés ?
Ils ont vu les informations que nous avons partagées sur les réseaux sociaux : les publications pour alerter, le relais de la pétition… Ils nous ont donc naturellement posé des questions et, par souci de transparence, nous avons souhaité leur apporter des éléments de compréhension.
Cela s’est fait lors de rendez-vous individuel, avec leurs conseillers référents, dans le cadre d’ateliers, ou par les chargés d’accueil et les volontaires en Service Civique. Nous avons également proposé à ceux qui le souhaitaient de se mobiliser en tournant de petites vidéos pour expliquer ce que la Mission Locale représente pour eux.
Ils connaissent les dispositifs et ce que cela leur apporte ; beaucoup ont exprimé leur incompréhension et leurs craintes face à ces décisions, et ont souhaité s’engager activement, notamment en se mobilisant le 4 décembre.
Outre ces actions proposées aux jeunes, comment vous êtes-vous mobilisés ?
Nous avons adressé des courriers aux parlementaires pour solliciter leur action et le soutien aux amendements déposés. Ces courriers ont été adressés par notre présidente. Par ailleurs, nous avons également informé nos partenaires afin de partager les enjeux et les conséquences de la situation.
Les Missions Locales d’Occitanie se sont mobilisées le 4 décembre. Pouvez-vous nous présenter comment cette manifestation s’est organisée et quel est votre sentiment suite à ce rassemblement ?
Cette décision a été prise en comité de direction de l’ARML, avec l’ensemble des directeurs. Il nous paraissait essentiel de nous mobiliser autour d’une action régionale afin de faire entendre notre inquiétude de manière collective.
La mobilisation nationale étant prévue en lien avec le calendrier de l’Assemblée, il nous semblait pertinent de nous inscrire dans un second temps, en cohérence avec l’étude du projet de loi au Sénat.
Un autre point important concernait le choix des lieux. La région étant vaste, nous avons retenu deux points de rassemblement : Montpellier, place de la Comédie, et Toulouse, à la gare Matabiau. Une fois la date et les lieux définis, le président de l’ARML Occitanie a adressé un courrier aux élus des Missions Locales occitanes afin de solliciter leur soutien.
Enfin, l’ARML ne pouvant se démultiplier, nous avons pris en charge, avec la Mission Locale Haute-Garonne, l’organisation du rassemblement à Toulouse. Notre service de communication a été mobilisé pour préparer les visuels et la signalétique des deux rassemblements.
Quel bilan tirez-vous de cette mobilisation ?
En termes de bilan, il s’agissait d’un moment à la fois fédérateur et porteur d’énergie collective. Nous étions 450 professionnels, selon la police, à Toulouse et 350 à Montpellier, ce qui est très positif.
L’ambiance était conviviale et solidaire. Les prises de parole en ouverture de la mobilisation par les élus (ma présidente, Isabelle Ferrer, Jean-Raymond Lépinay, vice-président de l’UNML, Guillaume de Almeida Chaves, conseiller régional, Olivier Raton, président de la Mission Locale Ariège) ont été particulièrement appréciées par les équipes, qui ont ressenti un réel soutien et ont pu bénéficier d’informations complémentaires.
On a également perçu très clairement le caractère apolitique de cette mobilisation, qui s’inscrivait avant tout dans la défense des jeunes accompagnés, et non dans un combat partisan.
Est-ce que vous avez le sentiment d’avoir été suffisamment soutenus tout au long de cette séquence ?
Je reconnais avoir un peu douté au début alors que nos élus ont pris pleinement la mesure des conséquences de ce projet de loi pour les jeunes. En effet, après leur avoir présenté concrètement les impacts et la perte de moyens que cela engendre, ils ont rapidement manifesté leur engagement.
Concernant les députés, je m’attendais à davantage de contacts, de présence ou de questionnements directs. S’agissant des sénateurs, j’ai été agréablement surprise par leur soutien et les attentions exprimées à notre égard.
Au final, nous avons ressenti un engagement fort de la part de nos élus locaux. À titre personnel, j’étais très fière de constater à quel point la municipalité et ma présidente se sont mobilisées, que ce soit lors de la manifestation ou dans ses démarches auprès des parlementaires et des sénateurs.
Avez-vous senti une solidarité particulière au sein du réseau pendant cette période ?
Tout à fait. On a senti qu’une dynamique s’est enclenchée au niveau national, avec une volonté affirmée d’agir et de communiquer sur la situation du réseau et des jeunes. À l’échelle locale également, nous nous sommes sentis soutenus.
Entre directeurs, nous nous sommes beaucoup épaulés, notamment en échangeant sur nos pratiques au sein des Missions Locales : comment mobiliser les jeunes, comment présenter la situation aux équipes… Cette période a renforcé le sentiment d’appartenance collective. On a vraiment senti qu’on faisait partie d’un même réseau.