Que retenez-vous de l’année 2025 ?
L’année 2025 a été exigeante, mais structurante pour le réseau des Missions Locales. Grâce à l’engagement des élus, des professionnels et des équipes de l’UNML, nous avons collectivement franchi des étapes importantes pour préparer l’avenir.
Elle a été marquée par plusieurs chantiers majeurs : la poursuite de la mise en œuvre de la loi pour le plein emploi, la poursuite du déploiement de la démarche de labellisation, les travaux autour de la convention pluriannuelle D’objectifs et l’avancée des projets de systèmes d’information. Ces transformations n’auraient pas été possibles sans l’implication de l’ensemble du réseau — Missions Locales et ARML – qui ont œuvré aux côtés de l’Union et la DSIML et que je tiens à saluer.
2025 a confirmé la place des Missions Locales comme opérateurs spécialisés auprès des jeunes. Leur présence dans les instances du réseau pour l’emploi à tous les niveaux est un acquis important. L’enjeu est désormais de structurer une stratégie collective d’influence pour peser pleinement dans les décisions, dans un cadre de gouvernance renouvelé et territorialisé.
Enfin, la fin d’année 2025 a été marquée par de fortes tensions budgétaires avec la séquence du Projet de Loi de Finance 2026 et des inquiétudes qu’il a suscitées, le recul annoncé intervenant en contradiction avec l’affirmation de la jeunesse comme priorité nationale. L’UNML, avec l’appui du réseau, a porté ce message auprès des pouvoirs publics.Les travaux engagés avec l’État sur l’évolution des modalités de financement pour la CPO 2026-2028 démarrés en septembre 2025 constituent un enjeu central pour sécuriser l’avenir du réseau.
Vous évoquez cette séquence, pouvez-vous nous expliquer comment vous avez construit la stratégie du réseau à la suite de la présentation du PLF 2026 ?
Le projet de loi de finances (PLF) pour 2026 prévoit une baisse de 13% des financements de Missions Locales, une diminution de 5,6% des entrées en CEJ et une perte de 10 millions d’euros des fonds destinés au PACEA.
Face à ces réductions jamais connues des moyens consacrés à l’insertion des jeunes, dès sa présentation, l’Union a acté la mise en place d’un plan de mobilisation des acteurs politiques, du grand public, des jeunes et ce, à tous les niveaux du réseau des Missions Locales. Ainsi, nous avons initié un cycle de rencontres avec le Premier ministre, le ministre du travail et des solidarités, la DGEFP et les parlementaires. Des auditions par les rapporteurs de la Commission des Finances sur le PLF ou encore des échanges avec les associations d’élus et les autres têtes de réseaux de l’insertion ont aussi été mis en œuvre.
Pour accompagner au mieux les Missions Locales, nous avons rapidement construit un kit de mobilisation comprenant des éléments de communication et d’interpellation destiné aux Missions Locales. Tout au long de la séquence, nous avons veillé à l’enrichir afin d’être en phase avec chaque étape de la vie du projet de loi.
L’autre volet a également consisté à alerter et à faire entendre nos inquiétudes et les problématiques de la jeunesse auprès du grand public et des élus du territoire. Une pétition a été lancée ainsi qu’une tribune destinée aux élus locaux, de tout bord, qui souhaitaient nous soutenir en la signant.
Enfin, car il nous semblait primordiale de faire entendre et de démontrer notre mobilisation, nous avons proposé au réseau d’organiser des temps de rassemblement. Nous nous sommes ainsi retrouvés le 18 novembre aux abords de l’Assemblée pour un temps de manifestation. D’autres ont été organisés sur le territoire, à l’initiative des Missions Locales et des ARML, comme à Lille, Montpellier ou encore à Toulouse.
Ces efforts et cette réactivité n’ont été permis que grâce à la participation de tous, je pense notamment aux ARML, réunies régulièrement en cellule de crise, qui ont permis la circularisation de l’information et la coordination de nos actions de plaidoyer et enfin aux Missions Locales pour leur travail, sur le terrain, à destination de leurs élus locaux et de leurs parlementaires.
Le réseau s’est fortement mobilisé durant la séquence du PLF : quels enseignements en tirez-vous ? Pourquoi était-il essentiel de défendre l’intérêt des jeunes ?
Il faut saluer la mobilisation sans précédent des ARML, des Missions Locales auprès de leurs parlementaires, qui a permis d’obtenir un maximum de soutiens à l’Assemblée nationale et au Sénat, et je les remercie de nouveau très sincèrement pour leur engagement de tous les instants.
Nous avons démontré la force et la puissance de notre réseau ; lorsque nous sommes unis et rassemblés, nous sommes plus forts et plus à même de représenter et défendre l’intérêt des jeunes.
Avec cette baisse envisagée des financements des Missions Locales, les jeunes sont les premiers touchés, dans un contexte économique déjà dégradé. Or, les jeunes ont besoin des Missions Locales qui doivent continuer à leur garantir un accompagnement de qualité vers l’emploi et l’autonomie. Si rien ne change, les chances de l’insertion professionnelle et sociale des jeunes vont dramatiquement régresser.
Avec 6800 lieux d’accueil partout sur le territoire et 1,1 million des jeunes accompagnés, les Missions Locales incarnent ce que nos territoires savent faire de mieux : la solidarité, l’efficacité, grâce à la proximité. Chaque euro investi dans une Mission Locale est un euro investi dans la jeunesse, l’emploi, la cohésion sociale et les territoires.
Quels seront les enjeux majeurs de l’année 2026 ?
2026 s’annonce comme une année déterminante, dans un contexte budgétaire et social contraint, alors même que les difficultés rencontrées par les jeunes s’intensifient. Notre ambition reste inchangée : garantir à chaque jeune un accompagnement vers l’autonomie et la dignité, partout sur le territoire.
Nous allons poursuivre les chantiers initiés tel que celui de la structuration engagée depuis 2024 qui vise à renforcer la cohésion du réseau autour d’un modèle de gouvernance et d’organisation plus lisible, performant et partagé, la démarche de labellisation avec comme objectif que l’ensemble des structures soient labellisées au cours de l’année et débuter les audits de renouvellement. Cette démarche est un véritable atout face au contrôle de la Cour des comptes initié en 2025 pour l’UNML et qui se poursuit en 2026 pour un échantillon d’ARML et de Missions Locales.
Enfin, les travaux autour du système d’information partagé qui doit nous permettre de disposer d’un SI au service des conseillers est une priorité pour conserver l’autonomie stratégique du réseau.
Le volet financement est également un enjeu central. La préparation des débats budgétaires de la rentrée 2026 sera stratégique : il nous faut peser en amont sur les débats et tirer les leçons de l’expérience de cette année. Nous allons aussi étudier la possibilité de diversifier nos financements, notamment via les fonds européens, et poursuivre la sensibilisation sur le potentiel de la taxe d’apprentissage.
Enfin, à l’approche des élections municipales de mars 2026, la formation et l’accompagnement des élus constituent un enjeu majeur. Le renouvellement attendu des présidences impose d’anticiper l’accueil des nouveaux élus pour garantir la continuité des engagements et renforcer la capacité collective du réseau à porter la voix des jeunes. L’UNML y travaille activement, afin de consolider les Missions Locales comme un véritable réseau d’élus engagés au service de la jeunesse.
Les élections municipales approchent : quel regard portez-vous sur cette échéance ?
Les élections municipales de mars 2026 sont une échéance politique majeure pour les Missions Locales. Elles engagent directement l’avenir de notre modèle, de notre réseau et, au-delà, la capacité des territoires à apporter des réponses concrètes aux jeunes.
Les Missions Locales incarnent l’une des formes les plus abouties d’une décentralisation qui fonctionne, parce qu’elles sont proches du terrain, agiles et efficaces. Ce modèle permet, partout en France, d’apporter des solutions adaptées aux réalités locales et aux parcours singuliers des jeunes. Nous devons le préserver, le défendre et le consolider.
Ces élections représentent donc une opportunité politique à saisir. Les Missions Locales ont un rôle essentiel à jouer pour porter ces sujets, trop souvent absents dans le débat local et rappeler que l’investissement dans la jeunesse est un choix politique d’avenir pour un territoire. Nous sommes les mieux placés pour faire remonter les attentes, les potentiels et les difficultés des jeunes auprès de celles et ceux qui seront demain nos interlocuteurs et nos financeurs.
C’est également un enjeu crucial de gouvernance, de solidité et de cohésion du réseau. Les élus municipaux seront demain les présidents des Missions Locales. Ces derniers devront l’avoir choisi et en partager les valeurs. Cela suppose que les futurs élus comprennent pleinement le rôle stratégique des Missions Locales et s’engagent à leurs côtés.
C’est pourquoi j’ai souhaité engager un travail de sensibilisation et de communication en amont des élections. L’enjeu est clair : faire évoluer le regard porté sur les Missions Locales, pour qu’elles ne soient plus perçues comme une dépense dans un budget contraint, mais comme un levier politique majeur au service du développement local.
Enfin, ces élections sont une occasion décisive de renforcer notre notoriété : les élus de demain seront nos présidents et nos premiers défenseurs. À nous de nous mobiliser dès maintenant pour qu’ils prennent la mesure de cet engagement, et pour que ces mandats arrivent entre des mains convaincues et engagées.
Souhaitez-vous adresser un message aux membres du réseau ?
L’année 2026 s’ouvre dans un contexte exigeant, tant pour notre réseau que pour les jeunes que nous accompagnons. Les difficultés auxquelles ils sont confrontés — en matière de santé, de logement, de formation ou d’accès à l’emploi — appellent des réponses collectives fortes et coordonnées. Nous pourrons pour cela nous appuyer sur l’Institut Bertrand Schwartz, dont l’expertise et la capacité à nous aider à prendre de la hauteur seront précieuses pour éclairer nos réflexions, renforcer notre action et préparer l’avenir.
Face à ces enjeux, l’engagement de l’ensemble du réseau des Missions Locales, élus comme professionnels, sera déterminant. C’est par la mobilisation de chacun, à son niveau, que nous pourrons continuer à garantir un accompagnement de qualité et porter une ambition commune : permettre à chaque jeune d’accéder à l’autonomie et à la dignité.