Comment favoriser l'engagement des jeunes dans leur accompagnement (Raphaël Wintrebert, DGA de la Mission Locale de Paris)

Du côté des Missions Locales |

Raphaël Wintrebert, directeur général adjoint de la Mission Locale de Paris, revient sur la genèse et les contours de l'expérimentation d'un nouvel outil collaboratif d’enrichissement numérique de la relation d’accompagnement entre les jeunes et les Missions Locales, interfacé avec I-Milo.

Pouvez-vous revenir sur la genèse de ce projet ?

En 2018, la Direction Interministérielle de la Transformation Publique (DITP) a lancé un appel à manifestations d’intérêt visant à appliquer les leçons des sciences comportementales aux politiques publiques. La Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) a proposé , avec l’appui du cabinet Behavioural Insights Team, de mener une étude sur les leviers de renforcement de l’insertion professionnelle des jeunes en améliorant l’efficacité des dispositifs d’insertion des jeunes éloignés de l’emploi. Ils ont fait le choix pour cette étude de se concentrer sur les programmes de soutien offerts par les Missions Locales et en particulier aux problèmes de non-engagement, d’absentéisme et d’abandon dans les parcours d’accompagnement des jeunes. Ils ont ainsi mené des visites et des entretiens de terrain dans les Missions Locales d’Ivry-Vitry et de la Brie et des Morins et un diagnostic plus approfondi à la Mission Locale de Paris afin de nourrir leurs travaux. Les conclusions de cette étude nous amène aujourd’hui à expérimenter un nouvel outil visant à enrichir numériquement la relation d’accompagnement entre les jeunes et les Missions Locales.

Pouvez-vous définir brièvement ce que sont les sciences comportementales ?

Les sciences comportementales ou cognitives étudient la manière dont les individus pensent, réagissent et agissent. Appliqué à notre champ, l’objectif est d’identifier les freins comportementaux plus ou moins conscients des jeunes, et de réfléchir ensuite aux leviers possibles pour les aider dans leur parcours. Il y a évidemment bien d’autres types de freins - structurels ou organisationnels – tout aussi importants, mais les sciences comportementales se limitent aux seules modalités d’action des jeunes eux-mêmes. Il ne s’agit donc pas d’une solution miracle mais d’une solution pragmatique pour lever certains freins.

Que retenez-vous des premiers enseignements des enquêtes ?

Les équipes de la Dares et du cabinet Behavioural Insights Team ont réalisé des enquêtes terrain auprès des jeunes mais aussi des conseillers. L’idée est de proposer une solution numérique opérationnelle qui puisse convenir aux uns et aux autres. Ce n‘est donc pas un outil que les jeunes vont utiliser tous seuls, c’est un outil pour l’accompagnement et la relation entre le conseiller et le jeune.

Plusieurs facteurs comportementaux* ont été identifiés du côté des jeunes comme du côté des conseillers.

Coté jeunes :

  • une préférence pour le présent, même si ce n’est pas forcément la meilleure solution à moyen terme par exemple ;
  • un souhait de réponses rapides du conseiller ;
  • un souhait d’utilisation de langage usuel et non de formulations complexes sous forme de « phases » ou « objectifs » ;
  • le besoin d’être encouragé et soutenu par leurs conseillers pour maintenir leur engagement ;
  • une faible compréhension du PACEA provoquant un manque d’engagement dans leur parcours ;
  • des attentes qui sont souvent soit trop basses (pas d’objectifs fixés), soit trop élevées (déconnectées par rapport à la réalité avec un risque de sentiment d’échec à la clé) ;
  • un manque d’autonomisation : oubli de rendez-vous, inattention aux tâches convenues, etc.

Côté conseiller, on identifie :

  • un manque de temps pour s’approprier et utiliser un nouvel outil numérique (besoin d’interconnexion avec les outils déjà utilisés) ;
  • l’outil doit être assez souple pour s’adapter à la situation de chaque jeune.

L’idée est donc de proposer un outil à la fois souple pour le conseiller et pour le jeune, mais qui soit impérativement un module de notre portail Internet qui est déjà très développé (et relié à I-Milo).

Quelles sont les prochaines étapes de ce travail ?

La phase du prototypage de l’outil est presque terminée. La première version sera expérimentée cet été. Elle comportera différentes fonctionnalités : possibilité de décliner le PACEA en étapes de parcours mais aussi avec des actions concrètes à réaliser (des actions prédéfinies sont proposées mais possibilité d’en ajouter à la main), par le jeune seul ou avec son conseiller ; possibilité de visualiser un calendrier (avec les actions) mais surtout la progression des réalisations ; échanges possibles par tchat entre le jeune et son conseiller, systèmes de notification automatique (pour des rappels de rdv par ex) ; possibilité pour le conseiller de visualiser l’avancée des parcours de l’ensemble des jeunes suivis ; le tout en y accédant depuis le compte personnel du jeune sur notre portail Internet.

Une douzaine de conseiller.e.s de la Mission Locale de Paris vont donc tester l’application avec une dizaine de jeunes (primos) chacun, des jeunes qui acceptent d’entrer en PACEA et disent être dans une démarche de recherche d’emploi (pas de problématique sociale dominante). L’idée est d’avoir au moins une centaine de jeunes intégrés et ainsi collecter des retours à la fois de jeunes et de conseillers. Des améliorations de l’outil pourront alors être envisagées, ainsi bien sûr que son possible déploiement sur l’ensemble des Missions Locales. Notre souhait est bien que tout le réseau puisse à terme en profiter.

Enfin, l’objectif est aussi de militer pour que notre logiciel métier I-Milo s’ouvre davantage afin que les données produites par un système tiers remontent dans ce dernier sans avoir à les saisir manuellement. Un enjeu stratégique dans le cadre de la future concession de pouvoir public.

Pour en savoir plus sur l’étude

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