[AEF] Fonds d’urgence, Garantie jeunes, obligation de formation… Les propositions de l’UNML pour «sécuriser les parcours»

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Face à un risque de précarisation accru, l’UNML présente des propositions pour "sécuriser les parcours des jeunes", le 26 juin 2020. L’Union demande la création d’un "fonds d’urgence social", qui doit permettre d’octroyer des aides plus rapidement. Elle plaide aussi pour une suspension de la réforme en cours des règles de l’assurance chômage. Pour le réseau, il faut augmenter le budget de la Garantie jeunes et celui alloué à la mise en oeuvre de l’obligation de formation des 16-18 ans. Ces propositions interviennent à l’occasion de la publication d’une enquête sur la situation des jeunes.

Un article diffusé avec l'aimable autorisation d'AEF

L’Union nationale des missions locales porte une série de propositions pour "sécuriser les parcours des jeunes", fragilisés par la période de confinement et la dégradation de la situation économique. Ces demandes ont également été adressées au gouvernement, qui conduit actuellement des discussions sur l’emploi des jeunes.

Augmentation du plafond du Pacea

L’UNML insiste, d’abord, sur l’importance de "répondre aux besoins sociaux des jeunes", selon un document dévoilé vendredi 26 juin 2020. Elle demande la création d’un "fonds d’urgence social réactif", avec 20 M€ supplémentaires pour le Pacea (Parcours contractualisé d’accompagnement adapté vers l’emploi et l’autonomie). "Ce fonds d’urgence doit permettre de débloquer des aides très rapidement, presque dans la journée pour des urgences", précise le président de l'Union Jean-Patrick Gille, à AEF info. Les dossiers de Pacea prennent généralement plusieurs semaines. L’UNML plaide aussi pour une augmentation du plafond de l’allocation Pacea, actuellement limitée à trois RSA. "Certains jeunes avaient déjà atteint le plafond avant le confinement et sont en difficultés", indique Jean-Patrick Gille. L’Union nationale des missions locales propose aussi la suspension de la réforme en cours des règles de calcul du chômage au regard du contexte et son report a minima pour les jeunes de moins de 30 ans. "Si la réforme devait se mettre en oeuvre à la rentrée, les jeunes seraient pénalisés. Ceux qui vivent de petits boulots n’ont pas pu le faire pendant cette période", poursuit le président de l’UNML.

Obligation de formation : doubler le budget

recommande de doubler le budget alloué à la mise en oeuvre de l’obligation de formation jusqu’à 18 ans, qui passerait ainsi de 20 à 40 M€. "Beaucoup de jeunes ont disparu des radars", rappelle Jean-Patrick Gille.

L’Union souhaite aussi réaffirmer l’importance de la qualification pour les jeunes. "Il faut envoyer un signal fort de la Nation pour dire aux jeunes qu’il y a une obligation de formation [pour les 16-18 ans et devant entrer en vigueur au 1er septembre], que la qualification est un passeport pour l’insertion et qu’il y a une obligation pour nous de trouver une solution", assure le président. Ce dernier craint que des jeunes déjà fragilisés par la période de confinement "abandonnent leurs études parce qu’ils ont des difficultés à se projeter ou qu’ils ont trouvé un petit travail pendant l’été". Il propose, notamment, une campagne d’information pour faire connaître cette obligation de formation et les solutions qui y sont associées.

L’Union nationale des missions locales demande également une augmentation de 70 millions d’euros de l’enveloppée dédiée à la Garantie jeunes, dès 2020. "Nous couvrons 80 à 90 % du public éligible. Je rappelle qu’une partie des jeunes ne souhaite pas contractualiser pour entrer dans ce dispositif. À la suite du confinement, qui a dégradé de nombreuses situations, le potentiel de jeunes éligibles va augmenter", remarque le président de l’UNML. Il pose également la question d’une modification des critères "pour que plus de jeunes puissent en bénéficier". Cela pourrait, par exemple, concerner un jeune qui serait toujours rattaché au foyer fiscal de ses parents. Ou qui aurait besoin de l’accompagnement dispensé sans être éligible à l’allocation.

Dernier axe de travail pour les missions locales : "multiplier les opportunités pour les jeunes", dans un contexte économique difficile. Pour cela, le syndicat d’employeurs propose de doubler le nombre de PEC (Parcours emploi compétences). "Le nombre de jeunes en contrat aidé a été réduit drastiquement. Ils constituent une opportunité", commente Jean-Patrick Gille. Lors de leur lancement, le gouvernement avait précisé que les jeunes n’étaient pas exclus des PEC mais qu’ils n’en étaient pas la cible. Le réseau souhaite, enfin, mener une campagne active de promotion de l’alternance et de l’apprentissage auprès des jeunes et des entreprises.

Une situation urgente

"Nous souhaitons souligner l’urgence de la situation. 42 % des jeunes qui avaient un emploi avant le confinement l’ont perdu pendant cette période, majoritairement parce que les employeurs ont mis fin à leur contrat de travail. Ils ont perdu leur emploi de manière brutale", précise Jean-Patrick Gille. En outre, 20,4 % des jeunes suivaient une formation avant le confinement et celle-ci s’est interrompue pour plus de la moitié d’entre eux (54,2 %), notamment en raison de la fermeture du centre de formation ou de l’établissement scolaire (83,9 %).

Le président de l’UNML cite les chiffres d’une enquête, conduite par le réseau et dont les résultats sont publiés ce vendredi 26 juin 2020. Afin de donner la parole aux 16-25 ans, les 436 missions locales de France ont collecté la parole des jeunes qu’elles accompagnent. Réalisée avec le soutien de France Stratégie et du Cereq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications) auprès de plus de 24 000 répondants, cette enquête met en lumière les enjeux auxquels les jeunes font face pendant cette période de crise, notamment sur la question de l’accès à l’emploi, et plus largement sur le volet de l’insertion sociale. Elle a été menée en ligne entre le 15 et le 22 juin 2020.

30 % des jeunes ont mal vécu le confinement

Les résultats de cette enquête dévoilent que 30 % des jeunes interrogés disent avoir mal ou très mal vécu la période de confinement, et ce en raison de plusieurs facteurs : l’ennui arrive en première position (48,8 %), suivi de près par les difficultés à trouver un emploi (40,3 %), l’isolement (36,6 %), les difficultés financières (30,5 %) ou encore la peur d’être contaminé ou de contaminer des proches (29,1 %). "Ces 30 % de jeunes qui ont mal vécu le confinement ont rencontré beaucoup de difficultés. Pour une partie des jeunes, les problématiques sociales ont été amplifiées", commente Sandrine Aboubadra-Pauly, déléguée générale de l’UNML.

Les sondés mettent également en évidence des difficultés liées à leur logement : c’est le cas pour 7,6 % d’entre eux. Cette part peut paraître "faible" mais cela implique que certains de ces jeunes ont pu, pendant le confinement, se retrouver dans des situations d’une "extrême complexité liées au mal ou au nonlogement", remarque l’UNML.

"L’emploi est la priorité"

Interrogés sur leur perception de l’avenir, ils oscillent entre confiance (30,5 %) et inquiétude (33,4 %). D’ailleurs, les trois quarts des jeunes inquiets craignent de ne pas trouver d’emploi en raison de la crise. "Les jeunes sont partagés. Cela montre la diversité des situations, selon les profils", indique Sandrine Aboubadra-Pauly.

"L’emploi est la priorité", résume la déléguée générale. Les répondants sont 77 % à la placer en tête de leurs priorités pour l’avenir, suivie par la clarification de leur projet professionnel (66,8 %), et la reprise d’une formation (43,7 %). Lorsqu’on leur demande s’ils souhaitent être accompagnés dans les différentes étapes de leur vie, 61 % des jeunes répondent positivement. L’enjeu de l’insertion professionnelle est le tout premier sujet cité parmi les aspects sur lesquels ils pourraient solliciter un accompagnement, suivi par le soutien financier, une aide dans les démarches administratives. Ils comptent majoritairement sur leur entourage (famille, amis) pour les soutenir, mais aussi sur les professionnels d’associations ou de structures en proximité de leur lieu de vie.