« Ce qui a le mieux marché, ce sont les vidéos et tutoriels où nos conseillers se mettaient en scène » (Erik Sinoussi, Mission Locale du Pays Salonais) [Centre Inffo]

Représentation du réseau |

La Mission Locale du Pays Salonais (Bouches-du-Rhône), qui suit 2800 jeunes par an sur 19 communes rurales, a misé avec succès sur les réseaux sociaux pour garder le lien avec les jeunes accompagnés. Entretien avec son directeur, Erik Sinoussi.

Un article de Mariette Kammerer, Le Quotidien de la Formation/Centre Inffo, publié avec leur aimable autorisation.

Comment vos conseillers ont-ils procédé pour garder le contact ?

Dès le début du confinement nous avons établi un planning quotidien de jeunes à contacter par téléphone, SMS et mails : en deux mois, les conseillers ont envoyé 7000 SMS et 4000 mails ! Mais ils ont vite constaté que les jeunes étaient très isolés, sans activité et sans liens sociaux. Alors, nous leur avons proposé un programme d’activités par semaine : des défis, du sport, des Mooc sur la découverte des métiers ou sur le développement durable, en mixant les contenus professionnels et de détente.

Vous avez utilisé votre chaîne YouTube ?

En effet, ce qui a le mieux marché sont les vidéos et tutoriels où nos conseillers se mettaient en scène : expliquant comment préparer un entretien d’embauche, soigner son régime alimentaire, où leur montrant des exercices de gym. Les vidéos sont visibles sur notre chaîne YouTube (ML Prod) et les jeunes ont adoré. Plus récemment, nous avons mobilisé notre réseau de chefs d’entreprise pour qu’ils présentent, en vidéo, leurs offres d’emploi pour la rentrée. Ils ont joué le jeu et nous allons continuer.

Vos réseaux sociaux ont attiré de nouveaux jeunes ?

Oui, nous sommes passés de 600 à 2300 abonnés sur notre chaîne YouTube en deux mois ! Nos comptes Facebook et Instagram ont aussi fait le plein de nouveaux abonnés. Sur les deux mois de confinement 900 jeunes ont été en contact avec la ML, c’est beaucoup, rapporté aux 2800 qu’on accompagne par an. On a même réussi à avoir de nouvelles inscriptions avec des premiers entretiens à distance.

Pour communiquer à distance vous avez utilisé un « serveur Discord », de quoi s’agit-il ?

C’est un outil collaboratif utilisé par les joueurs de jeux vidéo, donc bien connu des jeunes. Il nous a permis de partager des documents (CV), des vidéos, d’organiser des ateliers collectifs en visio, et beaucoup de simulations d’entretiens d’embauche. Les conseillers s’en servaient pour communiquer entre eux et nos « parrains » bénévoles l’ont utilisé pour faire du coaching. On a créé un Discord pour les Garanties jeunes, qui s’inquiétaient pour leur allocation, et un autre pour les directeurs de Missions locales de la région, qui ont partagé des expériences.

Les accompagnements ont-t-il été limités par des problèmes d’accès au numérique ?

La question s’est posée, mais la grande majorité des jeunes ont un smartphone. Quand ce n’était pas le cas, nous l’avons signalé à des associations locales qui les ont aidés à s’équiper. Et réciproquement, ces associations nous ont orienté des jeunes en grande difficulté, des « invisibles », pour lesquels nous avons mobilisé le fonds d’aide aux jeunes (FAJ) et un hébergement. Tout ce qui a bien fonctionné pendant le confinement va se poursuivre.