Une expertise de pointe au Québec en matière de prévention de la radicalisation menant à la violence

Représentation du réseau |

Monique Béchereau, directrice de la Mission Locale de Langres, a fait partie du voyage d’études au Québec de l’automne dernier, organisé par l’UNML dans le cadre du partenariat avec l’OFQJ et le Réseau des carrefours jeunesse emploi du Québec (RCJEQ). Les carrefours jeunesse emploi du Québec développent un partenariat spécifique avec un organisme de prévention de la radicalisation, que Monique Béchereau présente ici.

Pourriez-vous nous décrire le partenaire des Carrefours jeunesse emploi ?

Le « centre de prévention de la radicalisation menant à la violence » – c’est son nom – est un organisme à but non lucratif, indépendant des services gouvernementaux, qui a été créé en 2015 (lieu unique en Amérique du Nord, basé à Montréal au Québec). Sa mission est d’accompagner les personnes touchées par cette réalité-là, les personnes radicalisées ou en voie de l’être, les proches, les enseignants, les intervenants. Son action ne concerne donc pas que les jeunes.

Ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant, c’est que l’accompagnement des personnes est d’ordre psychosocial, doublé d’un travail de réinsertion des personnes radicalisées. J’ai vraiment été impressionnée par l’approche avec des équipes multidisciplinaires, et qui travaillent de façon transversale.

Quels sont ces domaines d’action complémentaires ?

Il existe trois équipes (prévention, intervention, recherche) qui interviennent auprès du partenariat et de l’engagement communautaire ou s’occupent de recherche et d’innovation. Des formations sont aussi proposées aux acteurs avec l’acquisition de compétences spécifiques.

La « prise en charge » des situations de radicalisation menant à la violence, mais aussi dans le domaine des crimes et des incidents haineux, renforce les interventions. Un appui aux proches et un travail de réinsertion sociale complètent cette approche.

Je trouve qu’il y a là quelque chose de très fort dans ce type d’organisation systémique.

Comment cet organisme définit la radicalisation ?

Plusieurs formes de radicalisation sont distinguées : l’extrémisme de droite, l’extrémisme de gauche, le politico-religieux, et ce qui est défini comme la « cause unique » : la radicalisation anti-avortement, l’homophobie, etc.

Le fait de qualifier ces formes de radicalisation permet de définir des interventions différenciées selon les types de radicalisation.

Leur travail de modélisation du processus de radicalisation est très intéressant aussi : sont passées en revue la vulnérabilité sociale, la vulnérabilité économique, la précarité des liens intrafamiliaux, etc.

La prévention est vraiment mise en avant plutôt que la répression. L’accompagnement psychosocial, plutôt que la judiciarisation ou l’exclusion sociale.

En conclusion, je dirais que j’ai suivi, en France, des formations sur la lutte contre la radicalisation, mais cela ne m’a pas permis d’entrevoir le processus de radicalisation qui mène à la violence. Ce serait vraiment intéressant de creuser cette piste québécoise, dans son approche et son organisation et de savoir dans ce processus à quel(s)niveau(x) de la prévention (primaire, secondaire ou tertiaire) nous serions en capacité d’agir.