« Les Missions locales ne sont pas des opérateurs de dispositifs » (Olivier Noblecourt)

Représentation du réseau |

Le sociologue Fabien Truong et Olivier Noblecourt, délégué interministériel à la prévention et lutte contre la pauvreté, ont livré leur regard sur les politiques sociales de la jeunesse lors des rencontres nationales du réseau des Missions locales (Montpellier, 9 et 10 mai). Leur conviction est partagée : elles ont un rôle à jouer. Un article Centre Inffo

Un article de Nicolas Deguerry, Centre Inffo, partenaire médias des Rencontres nationales des Missions Locales.

Spécialiste de la jeunesse des quartiers urbains et populaires, Fabien Truong, sociologue, revendique un certain recul. Adepte du suivi au long cours ethnographique et monographique de ses sujets, il dresse un tableau nuancé de ses territoires d’observation privilégiés, la Seine-Saint-Denis et l’Essonne. Aux « territoires perdus de la République », Fabien Truong préfère opposer une réalité qui voit des territoires combiner un effet « nasse » et un effet « sas ». La nasse, c’est la moitié de la population qui se sent effectivement « empêchée socialement et géographiquement » ; le sas, c’est l’autre moitié, qui témoigne de l’existence de « flux ».

Accompagnement long

Ceux-là mêmes qui viennent, selon lui, démontrer que « la puissance publique reste importante et a des effets très importants ». Pour autant, il souligne aussi, depuis quinze ans, une augmentation des inégalités et de la précarité, jointes à une certaine stigmatisation politique de la jeunesse des quartiers populaires. Alors qu’il revendique le temps long de l’accompagnement pour les jeunes des quartiers populaires, il appelle les Missions locales à assumer une posture qu’il sait contradictoire avec la logique des indicateurs de performance réclamés aux institutions : « Il faut parfois accepter que ce que l’on peut apporter aux jeunes ne sont que des graines que l’on a très peu de chances de voir pousser. »

Obligation d’accompagnement

Pour Olivier Noblecourt, délégué interministériel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté, il apparaît nécessaire de repenser le cadre d’action des politiques publiques. En accord avec Fabien Truong, il estime que les politiques sociales se doivent de considérer l’ensemble du parcours d’un individu. Ce qui revient, selon lui, à renforcer la notion d’accompagnement, laquelle suppose des « espaces de liberté professionnelle ».

Il en convient, il y a « un enjeu de temps, donc de moyens, mais aussi de philosophie de l’accompagnement » qui implique d’être capable d’aller vers le « non normatif ». Plaidant pour une stratégie de lutte contre la pauvreté avec « 0 % de nouveaux dispositifs », il estime que les Missions locales ne sont pas des opérateurs de dispositifs, mais des acteurs de terrain qui agissent en partenariat, « pour accroître la palette d’accompagnement diversifié sur les territoires ».

Il insiste : « Ce n’est pas pour rien si nous avons confié l’obligation de formation qui vient d’être créée par la loi pour le réseau des Missions locales ». Soulignant que des moyens supplémentaires au titre de l’obligation de formation seront apportés aux Missions locales dès 2020, Olivier Noblecourt précise l’objectif : « Franchir une étape supplémentaire dans l’enjeu d’élévation du niveau de qualification des jeunes et créer, enfin, une vraie obligation d’accompagnement des jeunes. » Et de conclure : « L’obligation de formation, c’est l’équivalent de l’instruction obligatoire pour le droit à l’éducation. S’il n’y avait pas d’instruction obligatoire, les plus fragiles n’auraient pas le droit à l’éducation, s’il n’y a pas d’obligation de formation, les plus fragiles n’ont pas le droit à la formation. »