Illettrisme : C. Janin et Y. Hinnekint recommandent des «formations actions» pour les Missions Locales et Pôle emploi

Représentation du réseau |

La ministre du Travail a confié à Christian Janin, ancien président du Comité paritaire interprofessionnel national de l’emploi et de la formation (COPANEF) et Yves Hinnekint, directeur général d’OPCALIA, une mission sur la lutte contre l’illettrisme pour que les solutions proposées aux personnes concernées soient plus nombreuses et mieux adaptées. L'UNML, partenaire de l'agence nationale de lutte contre l'illettrisme, y a contribué, en tant que tête de réseau des Missions Locales. La première recommandation des auteurs est de lancer à grande échelle des "formations actions", à destination des acteurs susceptibles d’accueillir des personnes en situation d’illettrisme, dont les Missions Locales et Pôle emploi (voir page 54 du rapport).

Lire la version numérique du rapport "Mission relative à la lutte contre l'illettrisme"

Illettrisme : C. Janin et Y. Hinnekint recommandent des "formations actions" pour Pôle emploi et les missions locales

Un article de Alexandra Turpin, paru avec l'aimable autorisation d'AEF

Photo : Ben Mullins on Unsplash

"L’illettrisme impacte le monde du travail : 6 % de ceux qui sont dans l’emploi et ont été scolarisés en France sont confrontés à l’illettrisme et 10 % des demandeurs d’emploi sont concernés", rappellent le rapport.

En outre, les résultats des tests organisés pour les 16/17 ans à l’occasion de la journée Défense et Citoyenneté mettent en évidence l’arrivée, chaque année, sur le marché du travail, de "cohortes de l’ordre de 30 000 jeunes supplémentaires" en situation d’illettrisme et au total d’environ 70 000 jeunes, soit 9 % de la classe d’âge, en grande difficulté avec les savoirs de base.

Former au repérage et à la première orientation

Les auteurs plaident donc pour des "formations actions" pour les professionnels qui peuvent rencontrer des personnes en situation d’illettrisme : notamment via l’ANLCI pour les travailleurs sociaux, les agents des collectivités locales, de Pôle emploi, des missions locales ou via les associations paritaires Transitions. Il s’agit de former au repérage des personnes en situation d’illettrisme et à leur première orientation, à l’exclusion des actions de remédiation qui exigent des professionnels spécialisés. Le rapport cite, en exemple, Pôle emploi Normandie. Les agents ont bénéficié "avec succès", d’actions de sensibilisation à l’illettrisme, du fait d’une "stratégie spécifique" de la direction régionale, et de la désignation en son sein d’un référent illettrisme. A contrario, les agents d’accueil non sensibilisés à cette thématique peuvent "passer à côté" des difficultés de lecture ou d’écriture des personnes accueillies en première intention dans les agences locales.

Un accompagnement "indispensable"

S’agissant des demandeurs d’emploi, Yves Hinnekint et Christian Janin saluent "l’investissement exceptionnel et sans précédent" du PIC. Mais, "sans un travail 'cousu main' sur les compétences de base, aucune insertion vers la formation qualifiante et l’emploi durable n’est possible", poursuivent-ils. Les auteurs jugent donc "indispensable" que l’accompagnement des publics en difficulté avec les compétences de base soit "financé dans le cadre des marchés, car de l’accompagnement dépend la réussite de la formation". Il faut donc travailler sur l’entrée en formation, le temps du parcours en lui-même et la sortie.

Les deux co-rapporteurs plaident ainsi pour un "déploiement effectif des appels à projets" du PIC et demandent "une offre de services de qualité". "La convention en cours avec Pôle emploi et la teneur des échanges lors du conseil d’administration de Pôle emploi le 8 octobre 2019 vont dans ce sens", estiment-ils.

Par ailleurs, la réforme en cours de l’IAE (insertion par l’activité économique) doit s’accompagner d’une "montée en compétences" des réseaux de l’IAE et des structures elles-mêmes pour "mieux prendre en compte l’illettrisme". Et pour que le parcours des salariés en insertion soit aussi l’occasion de travailler les compétences de base.

Plan "spécifique" pour l’outre-mer

La mission suggère un "plan d’action spécifique et ambitieux" pour l’outre-mer, au regard de l’ampleur des difficultés mesurées au cours des journées défense et citoyenneté dans ces régions. Environ une personne sur cinq est estimée en situation de difficultés graves de calcul, de lecture et d’écriture du français dans les territoires d’outre-mer, soit une proportion bien plus large que dans l’hexagone. Dans ce contexte, le rapport salue le travail mené par le SMA (service militaire adapté).

Yves Hinnekint et Christian Janin jugent crucial de "recourir aux fonds européens (FSE et Feder) comme levier de financement pour la lutte contre l’illettrisme". Il faudra "veiller à ce que la lutte contre l’illettrisme soit bien inscrite dans les nouvelles orientations" pour la programmation (2020-2027), en cours de négociation.