«Ce n’est pas qu’un sas linguistique, c’est créer du lien» : la Mission Locale de Paris accompagne de jeunes réfugiés

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En juin 2018, le gouvernement annonçait l’expérimentation, par les Missions Locales, d’un "sas linguistique et socioprofessionnel" pour les jeunes étrangers n’ayant pas un niveau de français suffisant. Ce Pial (Parcours d’intégration par l’acquisition de la langue) est mis en œuvre, à Paris, par la Mission Locale. AEF Info a pu assister à une matinée de formation, avec cinq jeunes réfugiés, en amont de la Semaine nationale des Missions Locales. "Une fois qu’ils sont ici, le but n’est pas d’y rester mais d’être réorienté vers d’autres dispositifs qui conviennent. Ce programme permet de donner confiance, de laisser du temps", explique Cécile Cerutti, la formatrice. Elle accueille des jeunes qui sont en attente entre deux dispositifs ou qui ont quitté une formation qui n’était pas adaptée.

Un article d'Alexandra Turpin, publié avec l'aimable autorisation d'AEF

"Ce n’est pas qu’un sas linguistique, c’est aussi créer du lien et se donner du temps pour régler ce qui pose problème", déclare Cécile Cerutti, formatrice. Elle présente le programme Patch, mis en œuvre par la mission locale de Paris pour les jeunes réfugiés. Cet outil a été proposé par la Mission Locale dans le cadre d'un appel à projets en début d'année 2018. Il est mis en œuvre depuis l'automne dernier et constitue une des réponses proposées dans le cadre du Pial (Parcours d’intégration par l’acquisition de la langue), annoncé entre temps.

Les jeunes présents, ce jeudi 7 mars 2019, viennent d’Afghanistan, du Pakistan et de Côte d'Ivoire. Ils étudient des situations de la vie courante, aujourd’hui la liste de courses : baguette, dentifrice, savon, tomates… L’occasion d’expliquer les règles de lecture et de prononciation. "Dans 'du riz', on n’entend pas le Z", explique Cécile Cerutti. Noorzay trouve ainsi que le mot ressemble à "Porte Dorée". "Mais si tu vas faire des courses et que tu demandes du 'Porte Dorée', ça ne marche pas", plaisante la formatrice. Elle leur enseigne aussi la règle d’emploi des pronoms personnels "tu" ou "vous", selon si on connaît la personne. "On ne va pas dire au directeur de la Mission Locale, 'bonjour, comment tu vas ?', on va le vouvoyer", précise-t-elle.

"Il faut que ce soit pratique et utile. Et que ce ne soit pas une redite de cours déjà donnés par ailleurs", estime Cécile Cerutti. Les thématiques prévues sont La Poste, Pôle emploi, être malade, dormir, etc. Les cours sont construits autour d’une dizaine de thématiques, présentées lors d’une vingtaine de sessions, réparties sur un ou deux mois.

Entrées et sorties permanentes

Le programme est bâti sur des entrées et sorties permanentes, jusqu’à 196 heures par jeune. Une fois intégrés, ils ont cours trois fois par semaine, le matin. Des activités extérieures sont aussi proposées, comme des visites ou des ateliers jeux vidéo. "La Mission Locale n’est pas un organisme de formation et nous ne souhaitons pas être en concurrence avec les organismes de formation qui sont nos partenaires", note Cécile Cerutti. "Nous faisons de la coordination de réseaux pour réorienter ces jeunes vers les formations."

Ce programme est un "temps pour voir ce qui peut poser problème". Contrairement à d’autres formations, "nous n’avons pas d’exigences sociales : un jeune peut être intégré même s’il n’a pas de solution d’hébergement, ce qui n’est pas toujours le cas ailleurs". D’autres sont en attente de formation de l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration). Certains sont allés en formation mais celle-ci ne convenait pas, pour différentes raisons, notamment le niveau de langue.

"Pas toujours facile de trouver une formation adaptée"

Les élèves présents lors du cours ont des besoins très différents. Nabintou, qui vient de Côte d'Ivoire, parle français et apprend ici à lire et écrire. Kashif, lui, a suivi des études d’informatique et technologies de l’information dans son pays d’origine, le Pakistan. Il parle plusieurs langues, dont l’anglais. "Je viens ici apprendre le français et je suis confiant. J’aimerais parler bien rapidement pour trouver un travail et un logement", déclare-t-il, alors qu’il dort actuellement dans une tente. Kashif a été orienté à la Mission Locale par un travailleur social qui intervenait dans les campements de Porte de la Chapelle. La Mission Locale lui a ensuite proposé d’intégrer ce programme.

En formation, on distingue généralement les cours de FLE (Français langue étrangère), pour des personnes qui ont déjà été scolarisés dans une autre langue, des cours d’alphabétisation, pour des personnes peu ou pas scolarisées. "Il y a des situations intermédiaires", raconte Cécile Cerutti. "Certains, notamment parmi les Afghans, ont pu aller un peu à l’école mais dans une langue où l’alphabet n’est pas le même. Ils se trouvent alors dans un entre-deux où il n’est pas toujours facile de trouver une formation adaptée."

Un appui dans l’accompagnement

La formatrice est en lien avec les conseillers qui accompagnent ces personnes, dans les différents sites de la Mission Locale de Paris. Les cours ont, en effet, lieu sur le site Paris Est (XIXe arrondissement) mais les jeunes peuvent être suivis sur les autres antennes. "Nous nous concertons beaucoup sur l’orientation et la suite du parcours. Est-ce que la personne est capable de suivre une formation ? de suivre un horaire ? J’interviens en appui", raconte-t-elle.

Lal Mohammad souhaite, lui, s’orienter vers la mécanique, comme il l'exerçait en Afghanistan. "Je veux travailler ici, comme mécanicien et avoir un diplôme". "Beaucoup souhaitent travailler comme électricien ou mécanicien. Il faut parfois revoir l’orientation si ça ne correspond pas au marché du travail", commente Cécile Cerutti. Actuellement, une trentaine de jeunes sont passés par ce dispositif et "nous les suivons tous".

Le programme Patch est financé pour un an, pour 100 réfugiés. "Nous pourrions ouvrir plus de places mais il faudrait avoir davantage de moyens", estime la formatrice.