Accompagner les initiatives des jeunes en milieu rural

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L’UNML a été auditionnée par le Conseil d’orientation des politiques de jeunesse (COJ) en juillet dernier. Objectif : présenter les initiatives des jeunes dans les territoires ruraux et poser la question d'un accompagnement adapté. En effet, les initiatives des jeunes sont encouragées, accompagnées et soutenues par les Missions Locales car elles ont un impact important sur les jeunes et sur leur parcours dans au moins trois domaines essentiels : la sociabilité, la citoyenneté et les compétences. Alexandre Ollivier, représentant des jeunes accompagnés par les Missions Locales au sein du COJ, a fait partie de la délégation auditionnée pour les Missions Locales, avec Jean-Raymond Lépinay, vice-président de l’UNML. L’occasion de revenir avec Alexandre sur l'accompagnement spécifique dont il a bénéficié et qui l'a conduit à créer une association.

Lire la note remise au COJ lors de l’audition, avec des pistes de propositions concrètes, dont la création d’espaces de rencontres dans les territoires ruraux et des structures d’accompagnement à l’émergence de projets (type pépinières d’initiatives ou coopérative de jeunesse et de services).Format pdf

Quelle action avez-vous souhaité présenter et pourquoi ?

Après une mission de Service Civique à la Mission Locale du Pays de Dinan, j'avais l'idée de créer une association qui a pour objet d’encourager l’implication citoyenne des jeunes. J'ai été accompagné dès le début au sein du « Projet KonCrée », un dispositif qui permet à des jeunes de 16 à 30 ans ayant une idée de projet de venir le créer, le développer, le tester, tout en étant accompagnés. Le seul critère pour y entrer est de porter un projet à utilité sociale, notamment au niveau du territoire. Ce dispositif est porté par l’association Steredenn, basée à Dinan (c’est une association importante sur le territoire, elle gère également le Foyer des Jeunes Travailleurs, dispense des formations d’insertion pour les jeunes, des chantiers d’insertion, une boutique solidaire, un Espace Femmes pour les victimes de violences…).

Comment se déroule l’accompagnement de ce dispositif «KonCrée »?

Les jeunes sont dans une salle de travail partagée, avec quelques ordinateurs, un accès internet et des fournitures mises à disposition par la structure. Une accompagnatrice est salariée à plein temps sur ce projet. Il ne s’agit pas d’une formation mais d’un accompagnement alternant temps collectifs et accompagnement plus individualisé, sans exigence à la sortie (pas de critères d'entrée dans l'emploi, de création d'activité professionnelle...). De par la liberté qui est laissée aux jeunes et à l'accompagnement, à la fois collectif et individuel et se basant sur des méthodes d’éducation populaire, ce dispositif est très intéressant.

Revenons à l’association que vous avez contribuée à créer…

Cette association s’appelle Agora, du nom de la place au sein de laquelle les citoyens exerçaient leur rôle politique dans la Grèce antique. Malgré l’hétérogénéité de ce qu’on nomme « la jeunesse », on constate un sentiment largement partagé de mise à l’écart de la société, de défiance envers les institutions, d’incompréhension globale et de difficultés à se projeter dans l’avenir. Une multitude d’actions est possible pour que les jeunes se réapproprient eux-mêmes, s’il le faut, leur rôle de citoyen(ne) à part entière : c’est cela que nous souhaitons impulser et accompagner par l’existence même de l’association, par le soutien que nous pourrons apporter à des initiatives de jeunes, et par les activités diverses que nous mènerons. Dans ce cadre, nous enregistrons des débats radio, nous avons réalisé une vidéo d’animation sur le vote, nous accompagnons des projets collectifs de jeunes, nous effectuons des ateliers thématiques (sur les médias et l'analyse de l'information surtout). Nous effectuons aussi beaucoup d’actions ponctuelles, comme une exposition sur le traitement médiatique du mouvement des Gilets Jaunes, un « Porteur de Paroles » dans un festival local… Ces actions ne sont pas prévues sur le long terme, elle se mettent en place à des moments donnés, lorsque c’est pertinent.

Vous avez identifié des freins. Quels sont-ils ?

Le fonctionnement par appel à projets nous empêche de pouvoir construire à long terme et nous met dans une situation d’instabilité constante : l'évaluation technique, quantitative, sur le court terme et sur des actions particulières prend totalement le pas sur le reste. Il est très difficile de construire nos actions comme on l'entend dans le cadre qui nous est imposé aujourd'hui par les financements par appels à projets, qui ne permet pas ou très peu de faire valoir notre projet associatif global avec de la liberté dans le choix et la mise en œuvre de nos actions, ni d’assurer une stabilité financière sur le long terme.