Missions Locales : «comme les gilets jaunes», les élus des Hauts-de-France s’élèvent contre le «mépris» des territoires (article AEF)

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"Les élus locaux en ont ras le bol des décisions qui viennent d’en haut", affirment Patrice Fontaine (LR) et Marc Godefroy (PS), coprésidents de l’Arefie, tête de réseau des Missions Locales et des maisons de l’emploi des Hauts-de-France. Tous deux voient des points communs entre "gilets jaunes" et "écharpes tricolores". "Si l’État était conscient de sa mission sur l’emploi, il s’appuierait sur les territoires au lieu de les dénigrer", juge Marc Godefroy, critiquant à la fois l’idée d’une fusion des Missions Locales avec Pôle emploi et la baisse des financements des maisons de l’emploi.

Un article de Sylvain Marcelli publié avec l'aimable autorisation d'AEF

"Nous ne supportons plus la méconnaissance et le mépris des territoires dont fait preuve l’État", lancent Patrice Fontaine (LR) et Marc Godefroy (PS), coprésidents de l’Arefie, lors d’une conférence de presse organisée à Lille vendredi 30 novembre 2018. Cette association regroupe les élus locaux impliqués dans la gouvernance des Missions Locales, des PLIE et des maisons de l’emploi des Hauts-de-France. Les deux élus sont vent debout contre l’expérimentation d’une fusion des Missions Locales et de Pôle emploi.

"Les gilets jaunes et les écharpes tricolores occupent le même terrain : ce n’est pas une question de gauche ou de droite mais de manque de respect des territoires par l’État", estime Marc Godefroy. "Il faut rappeler que les Missions Locales s’appuient sur un contrat d’action passé entre l’État et les collectivités locales pour accompagner les jeunes dans la proximité", reprend l’élu, qui fut le premier directeur de la Mission Locale de Lille en 1982. "A contrario, Pôle emploi est un service public centralisé. Le projet de fusion évoqué cet été nous est vite apparu, au sein de l'UNML, comme anachronique, inadapté et erroné", complète-t-il.

"Une fausse bonne idée"

"On en a ras le bol des décisions qui viennent d’en haut", s’agace Patrice Fontaine, qui a placé un gilet jaune sur son pare-brise. "C’est dans l’air du temps : il faut tout fusionner ! Mais franchement, c’est une fausse bonne idée car on ne fait pas le même job que Pôle emploi. Dans ma Mission Locale, nous travaillons sur la mobilité en mettant un parc de scooters à disposition des jeunes. Pôle emploi ne le fait pas et ne le fera jamais" pense-t-il.

Issus de familles politiques différentes, d’autres élus membres du conseil d’administration de l’Arefie partagent ce point de vue. "Les grands perdants seraient les jeunes car nous ne nous occupons pas uniquement de l’emploi : nous faisons de l’accompagnement global", souligne Michel Domin, président (PS) de la Mission Locale Jeunes du Valenciennois. "Souvent, les jeunes n’attendent rien de Pôle emploi", glisse Jean-Marc Baudry, président de la Mission Locale Métropole Nord-Ouest, près de Lille.

"Il y a une volonté de grignoter la responsabilité et les financements des communes", juge Marie-France Boutroue, présidente (PCF) de la Mission Locale de Creil. Mais les membres de l’Arefie reconnaissent que la "pression" est un peu retombée. "Il faut quand même être vigilant pour que ce projet ne revienne pas par la fenêtre", observe Marie-France Boutroue. Dans les Hauts-de-France, une Mission Locale (Val de Marque) a manifesté son intérêt pour s’engager dans une "logique de coopération renforcée" avec Pôle emploi, sans pour autant parler de fusion.

"Une belle pagaille"

Les élus de l’Arefie accusent aussi l’État de se désengager des maisons de l’emploi. Création de Jean-Louis Borloo, celle de Valenciennes est en train de fermer. "C’est dommage de tuer ce lieu qui faisait le lien entre les structures : aujourd’hui, on n’a plus rien et c’est une belle pagaille", commente Michel Domin.

"Avec les maisons de l’emploi, les élus locaux se sont dotés de moyens d’ingénierie locale et d’animation territoriale. Cela va se perdre mais les conséquences ne se verront pas tout de suite, un peu comme quand on supprime les clubs de prévention dans un quartier", embraye Marc Godefroy. "L’État maintient 5 M€ cette année pour les maisons de l’emploi mais ce sont des soins palliatifs", ajoute-t-il. "Il y a un problème financier mais aussi de légitimité si l’État ne reconnaît plus ces structures. C’est à nouveau une rupture du contrat passé avec les élus locaux. C’est déplorable. Si l’État était conscient de sa mission sur l’emploi, il s’appuierait sur les territoires au lieu de les dénigrer", martèle-t-il.