Garantie jeunes : principaux impacts sur les jeunes

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L'étude "La Garantie jeunes en action : usages du dispositif et parcours de jeunes", menée auprès des jeunes allocataires de la Garantie jeunes, correspond au premier volet de l’évaluation du dispositif menée dans le cadre des travaux du Conseil scientifique de la Garantie jeunes et dont le rapport a été remis à Myriam El Khomri, ministre du Travail le 30 novembre 2016 lors de la conférence des présidents des ARML réunie par l'UNML.
Rencontre avec Marie Loison-Leruste, maîtresse de conférences en sociologie à l’Université Paris 13, Sorbonne Paris Cité, qui a mené cette recherche avec Julie Couronné et François Sarfati, chercheur.e.s au Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET). Elle revient sur les objectifs et les résultats de l’étude.

Quel était l’objectif de l’évaluation que vous avez menée et quelle méthode avez-vous choisie ?

M. Loison-Leruste : Notre étude a eu pour objectif d’évaluer les effets du dispositif sur les parcours des jeunes accompagnés en Garantie jeunes. Avec mes collègues, nous avons mené, d’avril 2015 à juillet 2016, une enquête sociologique qui reposait sur des observations directes et participantes ainsi que des entretiens individuels et collectifs.

Au sein de trois Missions Locales, nous avons interrogé soixante jeunes, à plusieurs étapes de leur parcours. Nous avons observé la façon dont l’accompagnement s'accomplit dans l'interaction entre les professionnels de Missions Locales et les jeunes bénéficiaires, ainsi que les effets de cet accompagnement sur les dispositions des jeunes, leurs logiques d'action et leurs stratégies face aux situations d'exclusion ou de marginalisation qu'ils peuvent vivre.

L'objectif était notamment d'aider à mieux comprendre comment, selon le contexte, les parcours et situations des jeunes, le dispositif permet d’atteindre les objectifs qui lui ont été assignés.

Quels sont les résultats de votre travail d’enquête ?

L’enquête a permis de mettre en évidence trois résultats principaux.

Tout d’abord, les jeunes rencontrés dans le cadre de cette évaluation correspondent au public ciblé par le dispositif de la Garantie jeunes. Ils/elles rencontrent des difficultés familiales et socio-économiques importantes, ont un faible niveau de qualification et sont peu mobiles. L’accumulation des difficultés scolaires, de la précarité économique et des instabilités familiales entraine de nombreuses prises en charge par des institutions telles que les services de protection de l’enfance, les hôpitaux psychiatriques et la justice pénale. Pour autant, ils/elles ont déjà bénéficié d’un suivi d’insertion sociale et professionnelle au sein d’une Mission Locale et ont déjà été confrontés au monde du travail en effectuant des stages ou des formations.

Ensuite, notre étude montre que l’allocation mensuelle est une nécessité pour ces jeunes. Qu’il s’agisse d’un usage permettant de « réparer » (combler des dettes accumulées par des impayés de loyer, des soins ou des emprunts réalisés auprès de proches), de « subsister » (assumer les besoins du quotidien – se nourrir, se loger, se vêtir) ou de « se projeter » (capitaliser pour financer le permis de conduire ou une formation), elle permet à la quasi-totalité des jeunes de (sur)vivre ou d’envisager l’avenir un peu plus sereinement.

Enfin, nous mettons en évidence différents effets du dispositif sur le parcours d’insertion sociale et professionnelle des allocataires de la Garantie jeunes et qu’il s’agit de nuancer selon les situations. On distingue trois types de parcours. Les deux premiers parcours-types rassemblent deux tiers des jeunes que nous avons rencontrés. Pour certains d’entre eux, un peu plus diplômés (au mieux un baccalauréat général) et plus mobiles que les autres, le dispositif a tenu ses promesses en permettant un « parcours d’insertion dans l’emploi (précaire) ». Grâce à un accompagnement portant à la fois sur la situation professionnelle et sur la situation personnelle, les conseillers ont su apporter un soutien quotidien et une « aide morale ».

Un second type de parcours, « de préparation sociale à l’emploi », regroupe les jeunes qui sont en cours d’accès à l’emploi : ils enchainent plusieurs missions d’intérim de très courtes durées ou des stages, intègrent des formations sans réussir toutefois à créer de dynamique. Ils «utilisent» le dispositif, et notamment l’allocation, pour régulariser leur situation financière, tenter d’améliorer leur mobilité ou bien pour prendre le temps de résoudre des problèmes accumulés au cours d’un parcours de vie chaotique. Initié et encadré par les conseillers, l’accompagnement collectif permet à ces jeunes de renouer avec une forme de socialisation par le groupe des pairs. À un moment où la plupart des membres de leur classe d’âge sont encore scolarisés, ces jeunes en rupture avec l’école accèdent à un espace de construction de soi nécessaire à leur intégration sociale.

Enfin, la situation sociale et professionnelle des jeunes du troisième groupe (« parcours empêchés ») n’évolue pas entre leur entrée et leur sortie du dispositif, voire se dégrade sous l’effet du temps qui passe. Peu diplômés, ils/elles ont très peu travaillé ou ont fait quelques stages, ils/elles n’ont eu aucune expérience d’emploi pendant toute la durée du dispositif. « Empêchés » – à la fois physiquement, psychiquement, socialement, économiquement – les parcours de ces jeunes se caractérisent par la précarité résidentielle et des formes de vulnérabilité qui freinent la participation au dispositif. Ils n’arrivent pas à se saisir de l’accompagnement intensif proposé par la Garantie jeunes et la Mission Locale n’a pas les moyens humains et financiers de les aider.

Est-ce que cela signifie que la Garantie jeunes n’est pas efficace pour les jeunes de ce dernier groupe ?

Oui en effet. La logique mise en œuvre dans la Garantie jeunes semble relativement efficace pour les jeunes des deux premiers groupes au sein desquels on observe de nombreux parcours d’insertion dans l’emploi (même si ces emplois restent précaires) et à tout le moins des situations de préparation sociale à l’emploi. Un accompagnement moins intense aurait vraisemblablement montré des résultats moins nets ou aurait probablement supposé une durée plus longue. Mais le dispositif peine à raccrocher des jeunes dont les parcours paraissent moins compatibles avec un accompagnement collectif. Cet accompagnement atteint ses limites face à des jeunes ancrés parfois de longue date dans l’exclusion ou la pauvreté. Autant les deux premiers groupes invitent à élargir la dimension collective de la pratique d’accompagnement des Missions Locales, autant ces « parcours empêchés » doivent encourager les Missions Locales à ne pas renoncer à l’accompagnement global individualisé et à ne pas oublier leur philosophie d’action initiale, celle de la prise en charge de l’insertion professionnelle mais aussi de l’insertion sociale. Reste à leur accorder les moyens organisationnels pour se livrer durablement à ces deux activités.

Lire la synthèse et le rapport complet de l’équipe de recherche Paris 13-Centre d’études de l’emploi et du travail « La Garantie jeunes en action. Usages du dispositif et parcours de jeunes »

Lire le rapport global (intermédiaire) du Comité scientifique en charge de l'évaluation de la Garantie jeunes - Novembre 2016

*Le second volet est une étude menée par le cabinet de conseils Orseu et porte sur la dimension institutionnelle et organisationnelle de la mise en place de la Garantie jeunes. Enfin, une troisième enquête, statistique, a été menée par la DARES auprès des jeunes bénéficiaires en les interrogeant à plusieurs reprises, avant et après leur passage en Garantie jeunes.