Eléments d’analyse sur la complémentarité Emplois d'avenir - Apprentissage

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Dans le cadre de ses travaux de réflexion sur les politiques publiques d’insertion des jeunes, l’Institut Bertrand Schwartz a initié une étude-action sur les Emplois d’avenir qui comporte deux volets menés de façon concomitante entre octobre 2013 et septembre 2014. Premiers éléments d'analyse du 2e volet « Regards croisés sur les Emplois d’avenir » de l'étude-action, recueillis à partir des monographies d’enquêtes sur les Emplois d’avenir réalisés dans 6 territoires, avec un focus sur la complémentarité Emplois d'avenir-apprentissage.

Au travers des deux volets de cette étude nationale, l’institut Bertrand Schwartz a pour objectif de proposer un débat sur les évolutions des modalités de construction des politiques publiques, pour qu’elles se conçoivent pour et avec les jeunes, tant au plan national que dans les territoires.

L’objectif du premier volet est de connaitre la réalité des Emplois d’avenir telle que les jeunes la vivent. Une enquête nationale a été réalisée entre mai et juin 2014, par questionnaire dématérialisé à laquelle 2600 jeunes ont répondu.

Le second volet, intitulé « Regards croisés sur les Emplois d’avenir », dirigé par Anne Le Bissonnais, socio-économiste, a permis au travers d’entretiens de comprendre comment les acteurs concernés considèrent et mettent en œuvre ces Emplois d’avenir. Premiers éléments d'analyse, avec un focus Emplois d'avenir/Apprentissage.

Pour les acteurs interrogés dans le cadre de cette étude-action, les objectifs visés par les Emplois d’avenir sont très différents de ceux de l’apprentissage. Les employeurs font eux-mêmes la distinction. Par ailleurs, les jeunes entrés dans le dispositif Emplois d’avenir en 2013 ne présentent pas les mêmes profils que les jeunes apprentis. Enfin, les Missions Locales sont restées engagées dans leur travail sur l’apprentissage.

1. Le dispositif Emplois d’avenir vise avant tout l’accès à l’emploi

L’objectif du dispositif est l’entrée des jeunes peu ou pas qualifiés en emploi durable, avec une priorité donnée aux CDI et CDD longs. La pérennisation des emplois est recherchée, même si elle n’est pas garantie et que beaucoup de recrutements ont été réalisés en CDD d’un an.

L’accès à la formation, l’accompagnement et le tutorat sont des dimensions essentielles de l’Emploi d’avenir mais elles sont mises en œuvre pour favoriser le maintien des jeunes dans l’emploi et leur professionnalisation, plus que dans un objectif diplômant.

L’animatrice d'une unité territoriale de la Direccte estime qu’il n’y a pas concurrence entre les deux dispositifs, la qualification étant une opportunité que le jeune peut saisir à partir de l’emploi :
« On a affaire à des jeunes non demandeurs de formation, qui recherchent prioritairement un emploi ; l’intérêt, c’est la durée longue du contrat durant laquelle ils vont comprendre les enjeux et trouver progressivement le sens de la professionnalisation. »

Pour le directeur-adjoint de la Mission Locale de l’agglomération de Montpellier :
« Il y a d’autres contrats plus avantageux si on vise la formation pure ; notre rôle est de l’expliquer aux employeurs ; cela permet à ces différents contrats d’être complémentaires et pas en concurrence, parce qu’il y a un public pour chacun. »

2. Les employeurs font en général la distinction

Pour les employeurs et notamment les collectivités locales et les associations, qui sont fortement concernées par les Emplois d’avenir, ces deux dispositifs ont des objectifs différents. Selon la responsable Ressources humaines de la communauté d’agglomération d’Aurillac :
« Les objectifs ne sont pas les mêmes entre les Emplois d’avenir et l’apprentissage. Nous, de toutes façons, le conseil communautaire avait pris la décision pour l’apprentissage de fixer le niveau de recrutement à Bac + 2 (…) il n’y a aucune concurrence chez nous. »

Elle confirme qu’il n’y a pas eu de diminution des apprentis depuis l’embauche des Emplois d’avenir (8 recrutements effectués de 2013 à avril 2014); deux apprentis ont été recrutés (niveau BTS et niveau Licence RH).

Pour la Mairie de Castelnau Le Lez (Agglomération de Montpellier), qui recrute une dizaine d’apprentis par an, il n’y a pas de concurrence entre Emplois d’avenir et apprentissage :
« On n’est pas dans la concurrence. Le contrat d’apprentissage, c’est permettre d’acquérir un métier, d’obtenir un diplôme, et point, sans avoir l’objectif d’être gardé. C’est arrivé une fois ou deux d’embaucher ensuite car cela représentait un intérêt pour la commune. Un ou deux jeunes en plomberie. (…). Pour les Emplois d’avenir, on est dans l’aspect contrat de travail, objectif professionnel avec perspective, pourquoi pas, de pérennisation dans l’emploi ».

L’apprentissage est par ailleurs peu développé dans le secteur associatif et le secteur public, alors que ces derniers représentent environ 80% des embauches réalisées en Emplois d’avenir.

Pour la directrice de l’INFA à Aurillac, l’Emploi d’avenir n’est pas en concurrence avec l’apprentissage ; il le serait davantage avec le contrat de professionnalisation, dans le secteur du médico-social.

Dans le secteur marchand, les jeunes recrutés en Emploi d’avenir que nous avons rencontrés recherchaient avant tout un emploi et non une formation ; pour certaines entreprises qui profitent le plus de l’effet d’aubaine, les Emplois d’avenir sont plutôt le moyen de remplacer les contrats saisonniers ou d’intérim. Les Missions Locales sont d’ailleurs vigilantes face à ces employeurs (dans le secteur de la restauration par exemple) dont les critères de recrutement sont importants (permis de conduire obligatoire, expérience exigée dans le métier) et qui ne respectent pas toujours les conditions de l’Emploi d’avenir (en matière de tutorat notamment).

3. Le public concerné n’est pas le même que celui qui entre en apprentissage

La majorité des jeunes que nous avons rencontrés lors de nos enquêtes sont des jeunes peu qualifiés, mais qui avaient une expérience de travail avant leur entrée en Emploi d’avenir (intérim, CDD courts, travail saisonnier, travail informel). Plusieurs étaient passés par l’apprentissage, certains avaient abandonné, d’autres avaient obtenu un CAP ou un BEP souvent dans un secteur où ils ne trouvaient pas d’emploi (cf. mécanique auto pour une jeune fille de l’arrondissement d’Aurillac). Ils étaient âgés de 20 à 25 ans et recherchaient avant tout un emploi stable (avec un SMIC temps plein pour faire des projets, accéder à un logement etc.).

Or, la grande majorité des apprentis ont entre 16 et 20 ans et entrent en apprentissage en fin de 3ème, dans l’objectif de se former.

« Un jeune qui va en apprentissage, son objectif, c’est le diplôme. Le jeune qui entre en Emploi d’avenir, son objectif, c’est d’abord l’emploi. Le pari, il est là : les jeunes ne veulent plus remettre les pieds à l’école, ils veulent aller au travail ; ils y vont et au bout d’un an, avec le tuteur à côté, les collègues, les perspectives d’évolution, les jeunes viennent petit à petit à la qualification. Certains disent même « je veux bien passer un diplôme. » (Référent Emploi d’avenir de la Mission Locale de l’agglomération de Montpellier)

A la Mission Locale de l’agglomération de Montpellier, parmi les 637 recrutés en Emploi d’avenir (à juillet 2014), les jeunes âgés de 22 ans ou plus représentent 69% du total contre 31% pour les 16 à 21 ans. Un seul jeune avait moins de 18 ans. Pour la Mission Locale du Poitou, parmi les 285 Emplois d’avenir signés en 2013, 55% des jeunes étaient âgés de 22 à 25 ans. La tendance est la même sur les autres territoires, avec une très faible proportion de jeunes mineurs.

Par ailleurs, les difficultés rencontrées par les jeunes suivis en Mission Locale qui souhaitent entrer en apprentissage sont multiples et préexistent au développement des Emplois d’avenir. Parmi celles-ci figurent notamment le niveau de base des jeunes, leur âge (84% des jeunes accueillis en Mission Locale ont plus de 18 ans) ou leur origine géographique ou culturelle, qui les freinent notamment pour trouver une entreprise (1).

La maturité des jeunes en Emploi d’avenir (liée à l’âge), leur expérience professionnelle et leur niveau d’autonomie contribuent probablement aux faibles taux de rupture des contrats que l’on constate pour le dispositif ; à Aurillac, le taux de rupture n’était que de 5%. Au niveau national, il était de 5,7% des contrats Emplois d'avenir signés à fin décembre 2013. Pour l’apprentissage, les taux de rupture des contrats sont souvent supérieurs à 25% (2).

4. Les Missions Locales n’ont pas délaissé l’apprentissage

Même si la baisse de l’apprentissage est constatée globalement sur le territoire, liée aux difficultés économiques des entreprises, le nombre de jeunes suivis dans les Missions Locales et entrant en apprentissage n’a pas diminué dans la plupart des territoires enquêtés.

La Mission Locale de l’arrondissement d’Aurillac, dont les objectifs d’entrées en Emploi d’avenir ont été dépassés (132 contrats signés fin 2013), ne constate pas de diminution des contrats d’apprentissage pour les jeunes qu’elle accompagne. Parmi les jeunes accompagnés par la Mission Locale dans le cadre du Contrat d’Objectifs et de Moyens (COM) Apprentissage, 66 ont signé un contrat d’apprentissage en 2013 contre 63 en 2012.

Les entrées en apprentissage n’ont pas diminué non plus dans les Missions Locales de l’agglomération de Montpellier ou dans celle de Salon-de-Provence.

Les actions liées à l’information, à la promotion, à la prospection des contrats d’apprentissage se sont poursuivies dans les Missions Locales.

Au niveau national, le nombre de contrats d’apprentissage signés par les jeunes des Missions Locales était de 30 000 en 2013 contre 32 000 en 2012 mais il n’était déjà que de 30 000 en 2010. Le nombre de contrats en EAV nouvellement signés par les jeunes suivis en Missions Locales en 2013 s’établissait quant à lui à 77 000 (3).

(1) IGEN, IGAENR, IGA, IGAS, Rapport : Les freins non financiers au développement de l’apprentissage, Février 2014, p.43.
(2) Bulletin d’études et de synthèses de l’Observatoire de la jeunesse – Numéro 19 – mai 2014 INJEP/Observatoire de la jeunesse, p.1
(3) Bonnevialle L., L’activité des Missions Locales en 2012 et 2013 : l’accès à l’emploi des jeunes suivis se dégrade malgré un fort recours aux contrats aidés », DARES ANALYSES, juin 2014, n°48, 8 p.

La démarche de recherche-action, collective et participative, implique de donner une large place à l’écoute de l’ensemble des acteurs : jeunes, employeurs, professionnels des Missions Locales et partenaires institutionnels (entretiens semi-directifs individuels et collectifs). Elle comporte également souplesse et adaptation de la méthode en cas de besoin.

Un comité national a été chargé du suivi de l’étude, appuyé par le sociologue Camille Peugny, membre du comité scientifique et pédagogique (CSP) de l’Institut.
Les résultats de l’étude seront finalisés en octobre 2014 et présentés dans le cadre de réunions nationales de restitutions et de débats.
L’ensemble des rapports de territoire et le rapport final seront rendus publics à l’issue des temps de restitution et mis en ligne sur le site de l'institut.