Identifier l’esprit d’entreprendre chez les jeunes fait partie du projet des Missions Locales

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La réunion de travail organisée par l’UNML et l’ANGC qui s’est déroulée jeudi 13 février 2014 a permis de partager les résultats de l’enquête lancée sur l’esprit d’entreprendre des jeunes en Missions Locales et de poser des constats prometteurs. Des directeurs et professionnels de Missions Locales de plus de 20 territoires – de Cayenne à Nanterre en passant par Lorient et Versailles - s’y sont retrouvés pour échanger sur les bonnes pratiques existantes et se sont demandés comment faire pour « aller plus loin » dans leurs démarches.

Sur l’esprit d’entreprendre, beaucoup plus large que l’esprit d’entreprise

L’objectif est de travailler avec les jeunes pour faire naître une dynamique de construction de projets, qui peut aboutir à une création d’activité – économique, sociale, solidaire et culturel. L’enjeu de ces travaux est primordial : changer le registre des regards portés sur les jeunes, en partant de leurs capacités et de leurs idées. Enjeu qui se trouve également au cœur de la recherche-action collective « Agir pour et avec les jeunes sur un territoire » (lien) porté par l’Institut Bertrand Schwartz et l’UNML.

Rappel des principaux résultats de l’étude

L’étude menée par le cabinet Asdo est constituée de deux parties, quantitative et qualitative Plus de 1 700 jeunes ont répondu à l’enquête par questionnaire. Des entretiens ont été menés dans 10 Missions Locales avec des directeurs et des groupes de conseillers.

Principales conclusions : il existe chez les jeunes accompagnés en Missions Locales une forte appétence pour la mise en place et l’aboutissement de projets. Contrairement à certaines idées reçues, les jeunes s’investissent facilement dans des espaces de sociabilité. Et il n’existe pas forcément de corrélation entre le fait de s’investir dans un projet et ce que le projet peut rapporter financièrement. Les jeunes semblent d’ailleurs prêts à prendre des risques sur leur rémunération.

Le chiffre-clé est que 43% des jeunes ont déjà imaginé créer leur entreprise ou leur association. Parmi eux, seul 18% en ont parlé à un conseiller. Ils ont alors eu le sentiment d’être vraiment accompagné.

Le désir de création d’activité est également partagé entre sexe et catégorie socio-professionnelle.

Ces aspirations ont néanmoins besoin d’être accompagnées. « Je peux prendre des risques mais j’ai besoin d’être aidé ». Il y a un décalage important entre les compétences que le jeune pense avoir et la perception des compétences utiles au montage de projet : le manque de confiance en soi-même est criant.

Les questions qui se posent sur la mise en œuvre de dispositif spécifique d’accompagnement

Comment peut-on identifier l’esprit d’entreprendre chez les jeunes accompagnés en Missions Locales ? Dans quelles activités ? Comment mettre en œuvre le dispositif ? A quel profil de jeunes peut-on le proposer ? Comment articuler les actions avec les partenaires du territoire ?

Une réponse pour identifier et accompagner l’esprit d’entreprendre : l’expérience de l’association nationale du groupement de créateurs

Le premier Groupement de Créateurs a été créé fin 1999, le réseau compte aujourd’hui 14 groupements de créateurs portés par des Missions Locales ou par une structure partenaire qui accompagnent des jeunes dans leurs projets. Voici en quelques mots la description des deux principales phases d’intervention auprès des jeunes.

Phase 1 : la phase d’émergence

Composée d’entretiens, d’ateliers collectifs et de temps de travail en autonomie, la phase d’émergence permet de définir et valider l’idée du jeune, selon quatre étapes :

  • Mieux se connaître en tant que porteur de projet, identifier ses compétences professionnelles et personnelles, ses motivations, ses valeurs, ses ressources et ses contraintes personnelles)
  • Définir précisément son idée. Qu'est-ce qu'on veut faire ? Où ? Quand ? Comment ? Pour qui et avec qui ?
  • Découvrir l’environnement de son projet, le secteur d’activité, les métiers, le marché, la concurrence, les besoins d’investissement, la réglementation.
  • Vérifier l’adéquation entre la personne, son projet et l’environnement du projet.

Phase 2 : formation validée par un Diplôme d’Université de Créateur d’Activité (DUCA)

Une fois l’idée clairement définie, la phase de formation permet aux personnes souhaitant concrétiser leur projet d’acquérir les connaissances de base nécessaires à la gestion de leur activité :

  • Gestion de l’information et de la communication
  • Gestion juridique et fiscale
  • Gestion d’entreprise
  • Gestion commerciale et connaissance du marché
  • Conduite et gestion de projet.

La formation DUCA est accessible sans le Baccalauréat. En cela, c’est un objet social innovant. Elle l’est également dans la mesure où il implique la mise en synergie de trois partenaires, porteurs des cultures diverses et complémentaires. La phase de formation DUCA mise un œuvre par un Groupement de Créateurs implique le concours de trois partenaires : l’opérateur d’accompagnement socioprofessionnel (exemple, la Mission Locale), l’opérateur universitaire (généralement un IUT) et l’opérateur technique spécialisé dans la création d’activité (Boutiques de Gestion, CCI, etc.)

Le Groupement de Créateurs interviennent en amont du parcours de création. Ainsi, ils facilitent l’accès aux dispositifs d’accompagnement à la création d’activité (NACRE, Chambres de commerce, Boutiques de Gestion, réseau France Initiative, Adie …), sans se substituer à ces dispositifs.

Premiers constats et analyses suite aux échanges entre participants

Les échanges ont été nourris. Parmi les sujets abordés : développer l’esprit d’entreprendre – plutôt que la création d’entreprise – permet de toucher un public plus vaste ; l’importance d’affirmer des postures fortes : « on ne fait barrage à aucun projet. Les jeunes doivent être accompagnés pour mesurer eux-mêmes les limites » ; la prise en compte des caractéristiques des territoires ; enfin, les bonnes pratiques ont été partagées, comme la construction de partenariats locaux ou la description d’outils spécifiques.

Ces échanges ont permis d’aboutir aux constats suivants :

  • Le travail avec les jeunes en Mission Locale s’appuie sur une démarche personnalisée d’accompagnement : la question qui se pose alors est de savoir comment favoriser l'expression des rêves et des envies des jeunes.
  • Quand la Mission Locale intègre cette posture d’écoute, elle pose un regard plus positif sur les jeunes
  • Cette dynamique est intéressante en ce qu’elle se traduit par des outils et des démarches différentes selon les territoires : il s’agit donc maintenant de commencer à partager les outils et les méthodes pour capitaliser la richesse de ces pratiques et permettre à d’autres de s’en inspirer.

Enfin, quel est le rôle des Missions Locales dans cette démarche ? Selon cette étude, l’esprit d’entreprendre et la création d’activité relèvent bien du projet des Missions Locales. Mais s’agit-il de faire faire, faire avec ou développer de nouveaux outils et de nouveaux partenariats ?

Où en est-on de l’essaimage de ces pratiques ? (14 groupements de créateur sont en activité aujourd’hui)

Les projets de développement sont en cours. Existe un projet de reconnaissance du DUCA dans le cadre du Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP). Dans le cadre du Fonds d’expérimentation pour la jeunesse (Fej), une expérimentation est menée pour mesurer l’impact de ce type d’accompagnement sur les comportements d’autonomie des jeunes. Des recommandations seront rendues en mars 2015 après l’évaluation.

L’UNML et l’ANGC sont audités conjointement. Ils portent ensemble ce projet d’essaimage auprès du Ministère de la ville dans le cadre de l’Initiative européenne pour la jeunesse, mais aussi auprès du Ministère de l’emploi, pour que cette approche de l’émergence de projet soit reconnue comme relevant du cœur de métier des Missions Locales, et soit donc prise en compte dans les Conventions pluriannuelles d’objectifs entre les Missions Locales et l’Etat.

Pour plus de renseignements, vous pouvez contacter :

l’ANGC

l’UNML