«Reims sans frontières» / «Cela nous a aussi permis de développer en interne des compétences spécifiques»

Du côté des Missions Locales |

La Mission Locale de Reims a mené depuis juillet 2016 un accompagnement spécifique dédié aux jeunes migrants et aux jeunes originaires des DOM TOM. Romain Gamichon, conseiller à la Mission Locale, a monté l’action avec un collègue, Tony Legras. Il revient sur cette action, ses objectifs et le mode d’accompagnement.

Photo : Ensemble des pays et jeunes reçues entre 2016 et 2017

En quoi consiste l’action « Reims sans frontières » ?

La Mission Locale de Reims avait répondu à un appel à projets FSE. L’objectif a été de répondre à une problématique de notre territoire, concernant l’accueil des migrants et les publics des DOM TOM. Nous en accueillions de plus en plus à Reims et nous rencontrions des difficultés à les accompagner. Dans un premier temps, nous avions besoin de quantifier, de vérifier si ce public était vraiment plus important et de trouver des solutions adaptées en termes d’accompagnement.

Nous réalisons actuellement le bilan : nous avons accompagné plus de 180 jeunes entre juillet 2016 et décembre 2017. Les jeunes accueillis sont de 50 nationalités différentes. Les personnes originaires des pays de l’Afrique subsaharienne sont le plus représentées, ainsi que des jeunes des pays de l’Est.

Dans le cadre du FSE, nous avons donc eu l’opportunité de constituer ce projet, complètement expérimental. Nous avons travaillé à 2 conseillers avec les 180 jeunes.

Comment avez-vous travaillé avec votre collègue ?

Nous avons principalement travaillé sur deux types de parcours.

Un accompagnement de 4 mois environ, plutôt dédié aux personnes arrivant des Dom Tom qui n’avaient pas les codes de la métropole. Nous avons travaillé sur l’apprentissage de ces codes et aussi sur leurs niveaux parce qu’il y avait une grosse différence de niveau scolaire avec les jeunes de métropole. Nous avons travaillé avec des marraines bénévoles qui ont donné des cours de complément en français et ont monté des ateliers d’accès à l’emploi.

Un accompagnement pour les primo arrivants, appelé « langue et intégration » de 8 mois, pour travailler l’accès au français. Nous avons également travaillé avec une marraine qui donne des cours de français langue étrangère.

Nous avons aussi beaucoup travaillé sur le volet administratif parce que c’est souvent ce qui prend le plus de temps : obtenir les « bons » papiers, obtenir des reconnaissances de leurs diplômes en France (il s’avère que la majorité était diplômée).

Les 4 mois suivants étaient consacrés à l’accompagnement vers l’insertion professionnelle.

D’après vous, quel est ou sont les avantages de ce dispositif ?

L’avantage de ce dispositif est que l’insertion professionnelle était un aboutissement. Cela n’était pas dans les objectifs. Les objectifs fixés par l’Europe relevaient de l’insertion dans le territoire. Nous avons monté des ateliers d’accès à la culture française, avec des visites de musée, des rencontres et débats autour de films, de la mode, etc. Nous avions libre choix de ce que nous mettions en place. Cette phase expérimentale nous a permis de gagner les trophées FSE cette année. lire l’article en ligne sur le site FSE

Si vous deviez retenir les principaux points positifs de cette action pour les jeunes et les conseillers, quels seraient-ils ?

On se rend vraiment compte que les jeunes ont gagné du temps, avec des conseillers dédiés à leur accompagnement.

Cela nous a aussi permis de développer en interne des compétences spécifiques, un changement dans nos pratiques d’accompagnement avec ces jeunes et nous commençons maintenant à avoir des appels d’autres Missions Locales pour répondre à leurs questions sur le sujet.

Des partenariats ont été créés ou relancés grâce à cette action, notamment avec l’Armée du Salut, l’Afpa ou le FJT, par exemple. Nous nous sommes rendu compte que chacun travaillait dans son coin, et que, grâce à ce dispositif, nous pouvions agir ensemble. Par exemple, des jeunes ont ainsi pu rester en hébergement d’urgence plus longtemps que l’obligation réglementaire, parce que le partenaire a reconnu l’engagement du jeune dans son parcours.

Quelles sont les prochaines étapes ?

L’Europe a validé définitivement le projet et va lancer un IEJ nationalement, sur le modèle de Reims. L’objectif est de l’ouvrir à toutes les Missions Locales. Cela a réellement bien fonctionné et nous sommes persuadés que cela peut fonctionner ailleurs.

Chiffres clés

  • Depuis août 2016, 180 jeunes de 50 nationalités différentes sur des modules de 4 mois renouvelables une fois, sur des financements FSE IEJ
  • 45 jeunes sont en formation et 4 retours en formation initiale
  • 33 jeunes sont en emploi majoritairement du CDD (Les chiffres emplois ne prennent pas en compte les jeunes ayant effectué des missions durant le dispositif mais bien les chiffres emploi à la sortie)
  • 11 jeunes sont en Garantie Jeunes à la fin de l’accompagnement Reims sans Frontières
  • 40 jeunes sont demandeurs d’emploi en reprise de suivi classique par un conseiller de la Mission Locale
  • 3 jeunes sont en IEJ à la fin de l’accompagnement Reims sans Frontières
  • 10 jeunes ont été orientés vers Pôle Emploi (plus de 26 ans)
  • 15 jeunes ont déménagé en cours de dispositif