Santé mentale : « il faut inscrire ces actions dans la durée, avec un pilotage cohérent et un financement pérenne » (Amilaura)

Du côté des Missions Locales |

Auparavant référente santé en Mission Locale, Muzafera Muratovic est coordinatrice Santé-Handicap pour l’URML Rhône-Alpes depuis deux ans (aujourd’hui Amilaura, suite à la fusion des deux ex régions Auvergne et Rhône Alpes). Elle revient sur les principes de l’action dans le champ de la santé mentale et sur les négociations en cours pour obtenir des financements et un pilotage à la hauteur de l’enjeu.

Voyez-vous une évolution des problèmes rencontrés par les jeunes en matière de santé mentale ?

Les psychologues et/ou les référents de santé font effectivement état d’une inquiétude grandissante sur la question de la souffrance psychique des jeunes qui se base sur une classification qui leur est propre et qui est publiée chaque année dans le bilan annuel d’activité des psychologues. Ce qui ressort le plus, ce sont les symptômes dépressifs, puis les comportements de retrait social et l’isolement ; et en troisième position, les conduites addictives.

Viennent ensuite les idées noires, les tentatives de suicide, les troubles alimentaires, la décompensation psychotique. Un jeune peut être concerné par plusieurs symptômes. Enfin, les violences subies sont largement majoritaires par rapport aux violences agies.

Comment se sont construites les relations avec l’Agence régionale de santé (ARS) ?

Depuis deux ans, nous rencontrons l’ARS pour préciser les besoins des Missions Locales en matière de prise en charge financière de la santé mentale chez les jeunes inscrits en Mission Locale. En effet, une enquête réalisée en 2013 auprès du réseau des Missions Locales faisait apparaitre un besoin à 16.70 ETP (équivalent temps plein), alors qu’à ce jour, le temps théorique est de 7.5 ETP d’intervention en Mission Locale (seulement pour le périmètre Rhône-Alpes).

Les psychologues intervenants en Mission Locale ont trois axes de travail : la prise en charge des jeunes, le soutien formel ou informel aux équipes et le développement du partenariat en santé mentale.

Force est de constater que les temps de travail existants ne permettent pas de couvrir les trois activités. La priorité est alors la prise en charge des jeunes. Les durées d’intervention des psychologues varient d’une Mission Locale à l’autre, allant d’une permanence hebdomadaire d’une petite demi-journée à un mi-temps (ce qui est très rare). A noter que des Missions Locales ont perdu des temps d’intervention des psychologues qui existaient auparavant.

Les Missions Locales sont prêtes à aller vers une convention régionale qui pourrait être portée par l’association régionale des Missions Locales, afin de garantir une mission coordonnée et formalisée sur tout le territoire. Aujourd’hui, il existe seulement et de manière disparate des conventions au niveau local, entre la Mission Locale et l’employeur du psychologue.

Le changement de ligne budgétaire de financement dans les services de l’ARS (passant de « l’offre de soins » à la « prévention, promotion de la santé ») nous a amenés, cette année, à stopper les négociations visant à couvrir les besoins réels d’intervention dans les Missions Locales (16.7 ETP pour 47 Missions Locales) pour nous consacrer à une négociation de maintien de l’existant.

D’après vous, s’il y avait un levier à faire fonctionner pour améliorer la question de la prise en charge de la santé mentale auprès des jeunes, quel serait-il ?

Une meilleure articulation des acteurs dans cette thématique, sans nul doute.

Cette clef d’entrée passe de fait par une amélioration des conditions et facteurs de cette réussite : une interconnaissance des différents acteurs ; la mise en place d’une convention cadre régionale avec la définition d’objectifs clairs et de moyens financiers suffisants ; la redéfinition des indicateurs d’évaluation en y intégrant l’aspect pédagogique qui est prégnant dans ce champ d’action ; un soutien des financeurs, qui n’est pas "juste" un soutien financier, mais aussi un soutien du sens de l’action.

Il faut valoriser le travail des psychologues, le reconnaitre : les ruptures d’accompagnement de jeunes fragilisés – qui sont une conséquence directe du manque de financement - peuvent leur être extrêmement préjudiciables. Il faut inscrire ces actions dans la durée, avec un pilotage cohérent et un financement pérenne.

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