Reconnaître la nature du handicap est parfois compliqué/Mission Locale de Rennes

Du côté des Missions Locales |

Elisabeth Moisselin Delangle, conseillère et référente Santé de la Mission Locale de Rennes est intervenue au mois d’avril dernier au séminaire organisé par l’EHESP (Ecole des hautes études en santé publique) « Jeune, insertion, handicap, une équation complexe : la place des Missions Locales dans l'accompagnement socio-professionnel ». Elle revient sur certains points de son intervention.

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En tant que référente Santé, vous accompagnez des jeunes dans le montage de dossier « travailleur handicapé ». Quelles sont les questions que vous vous posez le plus souvent ?

Une des difficultés rencontrées, c’est de reconnaitre la nature du handicap. Est-il de nature cognitive et/ou psychique ? Distinguer les deux n’est pas simple. Cela pose des questions : est-ce la difficulté cognitive qui justifie la « reconnaissance travailleur handicapé » ou est-ce que ce sont les troubles psychiques ?

Le handicap est parfois complexe à diagnostiquer, surtout lorsque la souffrance est aiguë et se conjugue avec une situation de précarité, de misère et d’épuisement.

J’écoute des centaines de jeunes par an et je constate que la précarité, le chômage, les problèmes à l’école et dans les expériences de formations ou d’emplois altèrent la confiance des jeunes en eux-mêmes. Certains jeunes ont recours aussi à des pratiques addictives (alcoolisation répétée, cannabis surtout). L’addiction est-elle un handicap ? Bonne question, parce qu’en fait je constate qu’il arrive que certains jeunes, dès qu’ils vont un petit peu mieux arrivent à réduire leur consommation.

Les jeunes peuvent donc, à un moment donné de leur vie, avoir une altération de leurs fonctions cognitives ou psychiques pouvant les conduire à une situation de handicap, due à une forte consommation d’alcool et/ou de drogues, mais cela peut être ponctuel.

J’explique bien aux jeunes que le statut de travailleur handicapé peut les aider à un moment donné mais qu’ils ne sont pas obligés de s’en servir : cela les aide à lancer leur demande.

Quelle est la place des familles des jeunes ?

C’est une question compliquée. Il y a des familles qui dramatisent les difficultés du jeune et qui finalement « en rajoutent ». Il y a ceux qui sont dans le déni absolu. Entre ces deux extrêmes, il y a plein de nuances. Il y a aussi les parents qui s’usent à voir que le jeune n’avance pas et qui désespèrent.

Un projet intéressant serait de proposer un espace d’échanges et de dialogues pour les parents – pas seulement des parents de jeunes en situation de handicap d’ailleurs. Et pas à la Mission Locale mais dans un autre lieu. Ce que me racontent les jeunes, c’est que les parents vivent leurs difficultés dans la honte, dans le secret. Pour certains parents, cela pourrait fonctionner s’ils se parlaient entre eux.

Quels sont les partenaires avec lesquels vous travaillez régulièrement ?

Nous travaillons avec des partenaires, comme la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées). Nous suivons des jeunes de concert, la MDPH avançant dans le montage du dossier, la Mission Locale lui communiquant l’analyse de la situation du jeune.

La question du référent handicap au sein d’une Mission Locale s’est posée lors du séminaire : qu’en pensez-vous ?

D’un côté, cela a du sens. Notamment pour comprendre ce que font tous nos partenaires et être toujours au fait de ce qui se passe partout, d’être informés des derniers dispositifs par exemple. Mais d’un autre côté, je pense que le conseiller qui accompagne le jeune depuis un moment a déjà des clés de compréhension, s’il faut tout recommencer avec un autre collègue, je ne suis pas sûre que ça soit la bonne réponse.

Ce que j’ai évoqué lors du séminaire, et c’est une idée personnelle, c’est qu’il y ait un médecin et/ou un psychiatre au sein de la MDPH qui passe plus de temps avec les personnes de moins de 30 ans. Pour qu’il puisse améliorer sa perception du jeune et faire un point plus précis sur sa situation.