Participer à cette aventure était valorisant pour tout le monde

Du côté des Missions Locales |

Après « Fasadeu » en 2011 et « Proxemie » en 2013, voici bientôt «Murmura (c) tion»… La directrice de la Mission Locale Haut-Rhin Nord Colmar-Guebwiller, Betty Bernardinis, fait part de ces projets qui croisent mieux-vivre ensemble, accès à la culture et insertion des jeunes. Les jeunes réalisent, avec des artistes internationalement reconnus, des œuvres d’art qui trouvent leur place dans l’espace public.

Voir le film sur le projet, réalisé à l’occasion du forum mondial de la démocratie, 4 novembre 2014

Légende photo : Vladimir SKODA et les stagiaires dans les ateliers de l’AFPA (projet Proxemie) - septembre 2013

Cyril, jeune participant :

« Cela m’a facilité les choses, et notamment, cela m’a permis de finir mon CAP. J’ai aussi pu voir autre chose, de rencontrer d’autres personnes, d’avoir des idées de projets d’avenir au final ».

Comment est venue l’idée du projet ?

Avant 2010, nous avions l’habitude d’avoir des chantiers école. Cela consistait la plupart du temps à repeindre les couloirs des HLM. Je souhaitais mener une action qui soit plus valorisante pour les jeunes, et les rapprocher de la culture et de l’art.

La responsable territoriale de formation de la Région Alsace de l’époque était d’accord avec ce projet et, ensemble, nous avons rencontré les élus de la ville de Colmar et un bailleur social. Ils étaient tous enthousiastes à l’idée de monter une action artistique avec des jeunes.

Un comité de pilotage a rassemblé l’ensemble des partenaires. Petit à petit se sont ajoutés d’autres partenaires importants, comme par exemple, la consultante en art contemporain, Karin Graff. L’action a alors pris une dimension beaucoup plus importante que celle prévue parce qu’elle nous a proposé des artistes connus au niveau international.

Pour l’action « FASADEU », elle m’avait proposé Miguel Chevalier, qui nous a présenté trois projets d’œuvres. Parmi ceux-ci, seul le troisième était réalisable. Cela a abouti à une oeuvre fantastique (voir photo ci-dessous).

Comment le projet s’est-il monté ?

La Mission Locale, porteur du projet artistique, a obtenu le soutien financier de la Ville de Colmar et du bailleur social nous permettant de mener à bien l’action (financement artiste, consultante en art contemporain, matériaux…). L’animatrice territoriale de la Région Alsace s’est chargée de la demande de prise en charge par la Région de la formation des jeunes « peintre façadier », métier offrant des débouchés. Cette formation correspondait à la réalisation de la première œuvre : FASADEU » : formation axée sur l’art dans l’espace urbain. Le budget total, formation comprise, s’est élevé à 158 000 euros.

Cette œuvre est installée sur une façade d’un immeuble dans un quartier dit prioritaire de Colmar (zone urbaine sensible). Elle est éclairée la nuit grâce à l’intervention de Vialis (équivalent d’EDF), un de nos partenaires, qui a procédé à l’installation et à l’éclairage à titre gracieux du mât.

Et vous continuez donc avec d’autres créations ?

Oui. On est reparti rapidement sur un 2ème projet artistique nommé « PROXEMIE », avec une formation au métier de métallier. La mairie nous a dit qu’elle réhabilitait le centre socio-culturel dans le quartier Europe et a pensé qu’une œuvre pouvait être installée sur le parvis. La Mission Locale a de nouveau piloté la réalisation de l’oeuvre (projet Proxemie) . La consultante en art contemporain nous a proposé Vladimir SKODA. Dans cette action, en amont du démarrage et de la sélection des jeunes, on a travaillé avec la corporation des métalliers qui a expliqué aux jeunes mobilisés ce qu’était ce métier. Les jeunes ont fait une immersion dans plusieurs entreprises de métallerie pour vérifier leur motivation. La réalisation de l’œuvre a alors démarré : deux sphères qui dialoguent face à face.

Le 3e projet artistique est en cours et s’appelle « Murmuraction », l’œuvre sera apposée sur le mur d’enceinte de la maison des associations de la ville de Colmar. Le montage de ce projet est différent des deux autres pour la partie « formation ». Nous avons retenu l’artiste Georges Rousse.

En résumé, Il faut avoir un site pour l’implantation de l’œuvre, un financement (propriétaire du site et/ou collectivité qui acceptent de financer le porteur de projet) et un organisme de formation.

Combien de jeunes ont-ils été concernés ? Avez-vous gardé des liens ?

Pour l’action « FASADEU », il y avait 10 stagiaires. A l’issue de l’action, en 2011, cinq jeunes avaient un travail. Un jeune n’avait pas de solution immédiate mais disait vouloir reprendre des études. Un a repris en intérim. Un des jeunes n’a pas donné de nouvelles. Deux jeunes restaient sans emploi.

Sur l’action « PROXEMIE », il y avait également 10 jeunes. 8 ont un emploi aujourd’hui. 3 sont dans la métallerie, d’autres sur d’autres types de poste dont certains en Emploi d’avenir. Cela a permis aux jeunes de mettre toute leur énergie et tous leurs efforts dans un travail.

Avez-vous remarqué les bénéfices, au-delà de la formation et de l’accès à l’emploi, qu’en tirent les jeunes ? Et avez-vous des retours des conseillers ?

L’artiste choisi sait qu’il doit faire une proposition qui doit être réalisable par des jeunes non qualifiés. Il rencontre alors les jeunes et travaille avec eux. Cela a été des rencontres magnifiques pour les jeunes. Par exemple, Miguel Chevalier a réussi à sensibiliser les jeunes à l’histoire de l’art, il a évoqué plusieurs périodes a fait un cours sur l’art, en citant Van Gogh par exemple, et les jeunes étaient très intéressés.

De son côté, Vladimir Skoda a remis à chaque jeune, à la fin de l’action, une œuvre qu’il a réalisée. C’était du temps et une marque de grand respect ressenti par les jeunes.

Concernant les conseillers, certains m’ont dit : ces projets artistiques sont très positifs car cela permet de nous faire connaitre sous un autre angle. Participer à cette aventure était valorisant pour tout le monde. Les conseillers voient les jeunes régulièrement et participent à l’inauguration des œuvres.

Vladimir Skoda :

« Ce que j’ai le plus aimé dans ce projet, c’est de fixer des buts pour chacun des jeunes et de voir leur progrès. »