Apprendre à faire évoluer son point de vue, c’est important pour faire sa place dans la société

Du côté des Missions Locales |

La convention entre l’UNML et l’Ecole nouvelle de la citoyenneté est en cours de signature. L’occasion de recueillir les paroles de Marie-Estelle Dudit, chargée de projet à la Mission Locale d’insertion du Poitou, qui revient sur son expérience avec l’Ecole et de Victor Phone-Praseuth, jeune parti en session de formation en février 2015.

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Rencontre avec Marie-Estelle Dudit

Pourquoi avoir fait appel à l’Ecole de la citoyenneté la première fois ?

Je connais l’Ecole depuis 2013 (dans le cadre de leur précédent dispositif financé par la fondation Dexia). J’avais organisé le départ d’une de nos volontaires en Service Civique. Elle avait formé un binôme avec un autre volontaire du territoire qui, lui, était en mission auprès du centre du service national. Les deux jeunes partageaient une préoccupation commune : l’illettrisme chez les jeunes.

Nous sommes donc partis de leur souhait de pousser cette réflexion et nous avons compris que l’Ecole de la Citoyenneté était un espace intéressant pour débattre de sujets citoyens avec d’autres jeunes.

Nous avons eu également l’occasion, lors de l’Assemblée générale de la Mission Locale en 2013, de faire venir un des formateurs de l’Ecole qui est intervenu sur la question de la participation et de l’engagement des jeunes.

Il s’avère que l’Ecole s’est rapprochée d’élus de Poitiers pour présenter le projet de la nouvelle structure de l’Ecole. Nous avons donc construit tout au long de l’année 2014, avec les services de la ville de Poitiers, l’accueil d’une session avec des jeunes venant majoritairement de Poitiers, en parallèle à un accueil de 8 jeunes sur des sessions parisiennes, en octobre 2014. Une session s’est aussi déroulée en février 2015, avec 6 jeunes à Poitiers et 6 jeunes à Paris. Nous avons donc maintenant un peu de recul.

La démarche de l’Ecole nouvelle de la Citoyenneté est intéressante parce que c’est un temps de vie collective entre jeunes qui, une fois sortis du système scolaire, ont moins l’occasion de vivre ce type d’expérience collective. Les jeunes travaillent sur des sujets citoyens et ils apprennent à en débattre, dans le respect des uns et des autres.

Nous sommes partis du constat que les jeunes échangeaient entre eux sur de nombreux sujets mais que parfois ils ne vont pas au bout des choses, parce qu’ils ne sont pas outillés pour le faire. Et apprendre à faire évoluer son point de vue, c’est important pour faire sa place dans la société !

Dans le cadre de la session de l’Ecole de la Citoyenneté, l’intérêt est aussi de rencontrer des gens engagés, qui présentent leurs parcours d’engagement. A un moment donné, les témoignages ont de grande chance de faire sens pour les jeunes.

De plus, les jeunes vivent dans des conditions exceptionnelles pendant une semaine : être accueillis dans un hôtel, aller dans des lieux assez prestigieux... Il y a là une forme de reconnaissance sur la place que l’on veut donner aux jeunes, qui peut s’ancrer durablement dans la mémoire des participants.

Comment travaillez-vous à l’accompagnement des jeunes en amont et en aval des sessions ?

En amont, il y a tout le travail de constitution des binômes, de réflexion sur le sujet porté par le binôme, les recherches à mener pour pouvoir étayer ses propos, le travail autour de la présentation de sa ville*…

En aval, l’idée, en bonne voie de réalisation, est d’organiser un événement local sous la forme d’un débat citoyen sur le territoire de Poitiers pour que les 12 jeunes puissent mettre en oeuvre ce qu’ils ont appris : décider d’un sujet commun, mener des débats, et partager leurs idées avec d’autres jeunes du territoire, des élus et d’autres décideurs. A cet effet, les jeunes nous ont proposé de mener un débat sur la discrimination et l’emploi le 25 juin prochain à l’occasion des 25 ans de la Mission Locale.

Les binômes viennent également présenter leur ville aux autres participants des sessions.

Rencontre avec Victor Phone-Praseuth

Victor Phone-Praseuth, 21 ans, est volontaire en Service Civique à la Mission Locale d’insertion du Poitou depuis septembre 2014, comme médiateur entre les jeunes et la Mission Locale. Il a suivi la session parisienne de l’Ecole nouvelle de la citoyenneté en février 2015. Il partage ici son expérience.

« C’est une formation sur la citoyenneté, mélangée avec des moments conviviaux, des sorties, des rencontres magnifiques, des visites là où je ne pensais pas pouvoir aller dans ma vie. On est allé visiter le Sénat et on a rencontré une sénatrice. On est allé aussi au Stade de France et avons parlé avec un arbitre. On a aussi rencontré la directrice d’une association, le Mouvement du Nid, qui aide les prostituées.

Avant, la citoyenneté, pour moi, c’était le cours d’histoire-géographie et d’éducation civique, c’est tout. Maintenant, après la formation, je le prends dans un sens plus large. Par exemple, quand on a rencontré l’arbitre de foot, au début j’avais pris ça comme un divertissement, mais en fait l’arbitre nous a parlé de règles, nous a transmis des valeurs qui ont rapport avec la citoyenneté, comme le respect des autres.

On était 14 jeunes qui venaient de toute la France. Les débats étaient très nourris : il y en avait qui avait leur avis et d’autres les leurs. On s’écoutait sans jugement. Ca créé des liens et on est toujours en contact.

C’est une grande découverte. Et je suis très fier d’avoir participé. »