Les coopératives jeunesse de services expérimentées en Bretagne

Du côté des Missions Locales |

Basées sur le modèle québécois, la Mission Locale du Pays de Cornouailles a lancé depuis un an l’expérimentation des coopératives jeunesse de services (CJS). Des jeunes attirés par la création d’activité mènent leurs projets de A à Z dans un cadre sécurisant. Rencontre avec Hélène Guiziou, responsable de territoire, plus spécifiquement en charge de l’accompagnement des jeunes qui ont le projet de créer une activité.

Quel est l’objectif des CJS ?

L’objectif de ces coopératives est d’initier des jeunes au fonctionnement démocratique d’une entreprise, à l’organisation collective du travail, à à la gestion coopérative et au fonctionnement d’un marché. Cela existe depuis plus de 20 ans au Québec, cela ne fonctionne que sur des périodes de vacances scolaires pour des jeunes mineurs.

Pourriez-vous nous décrire le fonctionnement des CJS ?

L’intérêt d’une CJS est de poser un cadre et, dans ce cadre, ce sont les jeunes qui créent tout de A à Z. Une CJS doit être tenue par deux partenaires clés, une coopérative d’activités économiques qui fournit un cadre juridique et un accompagnement spécifique et une association de développement d’économie sociale et solidaire, pour le soutien et l’animation. Ces deux structures créent une CJS éphémère pour disposer d’un cadre légal afin que les jeunes puissent établir devis et factures, ouvrir un compte en banque, etc. Les jeunes ont des contrats de travail classique.

Au niveau de la coopérative, il y a deux animateurs, l’un dont le profil est plus économique et l’autre au profil socio-culturel. Ils sont formés pendant une semaine à la pédagogie des CJS par Catherine Roy, responsable québécoise des CJS. Les jeunes sont ensuite recrutés. On leur explique le principe, ce qu’est une comptabilité, ce qu’est l’économie sociale et solidaire, comment fonctionne une coopérative. Ensuite les jeunes s’accordent sur les domaines de compétences, sur ce qui les intéresse. Cela peut être du service à la personne, du jardinage, des déménagements, des travaux de bâtiments : ils rendent un service à la population… On s’accorde simplement sur deux choses principales : la première, la règlementation du travail et la deuxième, ce qu’ils se sentent capables de faire. A partir de là, les jeunes doivent créer une communication autour des services qu’ils proposent. Ils doivent diffuser leurs projets aux collectivités, aux particuliers, etc. le but étant de récolter des chantiers. En fonction de l’importance du chantier, un jeune y va seul ou à deux ou trois et du nombre d’heures qu’ils ont à effectuer.

Les jeunes s’accordent sur tout, accompagnés par les deux animateurs : les domaines d’activité, sur la répartition des fonctions (comptabilité en relation avec la banque, communication, secrétariat…). Ils créent donc leur propre organigramme qui peut d’ailleurs varier. Ils décident aussi entre eux des tarifs qu’ils vont pratiquer, de la stratégie de commercialisation, créé leurs outils de communication. Une fois qu’ils ont gagné de l’argent, et qu’ils ont payé leurs charges, ils décident de la répartition du bénéfice : se le partagent-ils équitablement – peu importe le nombre d’heures effectué par chacun – et entièrement ou en redonnent-ils une partie à la coopérative ?

Les tarifs - et donc la rémunération du jeune - sont aussi réfléchis en fonction de la non concurrence.

Ce concept a-t-il dû être adapté à votre territoire ?

Nous avons étendu la tranche d’âge pour aller au-delà des mineurs : le public a de 16 à 20 ans. Au niveau du Pays de Cornouailles, nous souhaiterions faire durer la période des CJS au-delà des périodes de vacances.

Cela concerne-t-il toujours les jobs d’été ?

Oui. Les mineurs ont de grosses difficultés à trouver un job d’été. Et on trouvait très important de pouvoir donner à ces jeunes un cadre où expérimenter différentes choses qui peuvent être utiles dans leur cursus professionnel et social, en plus d’une rémunération.

Mais l’objectif n’est pas de suppléer à un moyen de gagner de l’argent durant les vacances scolaires puisque les jeunes sont susceptibles de ne rien gagner (s’il n’y a pas ou peu de chantiers). L’objectif est bien l’expérience, l’apprentissage et sa valorisation.

Quel bilan en tirez-vous, pour les jeunes ?

C’est extrêmement positif ! Les jeunes ne mesuraient ni l’ampleur du projet au début, ni l’intérêt pour leur parcours socio-professionnel. On a pu travailler sur la mise en valeur des compétences. Cela a été valorisant pour eux, notamment avec les prises de responsabilités tout en étant encadrés, ce qui est très sécurisant.

Cela a mis en exergue et en pratique la solidarité entre les membres du groupe, la responsabilisation personnelle et mutuelle, l’autonomie et la création de lien avec l’entourage de la CJS.

Le rôle primordial du comité local

Chaque coopérative fonctionne avec un comité local qui est composé des acteurs du territoire qui travaillent et réfléchissent sur le projet : partenaires de l’insertion, partenaires économiques et financiers que sont les collectivités locales, élus, Conseil régional, Conseil général, banque, associations d’éducation populaire, agriculteurs, particuliers. L’objectif est de créer un réseau pour faciliter l’apport de connaissance aux jeunes et d’identifier des chantiers en amont de la création d’une CJS, de façon à ce que les jeunes puissent travailler assez rapidement. Le comité local doit avant tout être une ressource pour les jeunes.

Avez-vous le sentiment que le regard des adultes participants à l’expérimentation sur les jeunes a changé ?

Oui. Par exemple, l’année dernière, le projet a mis du temps à démarrer et les jeunes ont décidé de faire de l’autofinancement. C’était une initiative rapide et très intéressante. La surprise est venue de la capacité des jeunes à réfléchir, à construire et à agir.

Il faut dire aussi que les jeunes ont souvent rencontré des difficultés pour entrer en contact avec les habitants du quartier, avec des élus, parce que c’est un projet novateur que les personnes avaient des difficultés à comprendre. Il y avait des doutes aussi parce que les gens connaissent rarement le fonctionnement d’une coopérative.

Notre souhait est bien sûr d’essaimer cette expérimentation vers d’autres structures mais aussi d’adapter la pédagogie québécoise pour pouvoir toucher un public majeur.

Adaptation à un public majeur parce que beaucoup de jeunes pensent créer leur entreprise sans pour autant se laisser le droit de l’envisager sérieusement. Ce genre d’initiative leur permettrait de travailler un projet, de lever d’éventuelles freins, de lutter contre les préjugés allant de pair avec la création d’une activité (trop jeune, pas assez d’expérience, de maturité, de compétences, etc.), d’expérimenter dans un cadre sécurisé afin de prendre leurs décisions de création en connaissance de cause.

Photographie : Mission Locale du Pays de Cornouailles