Le BAFA, c’est un prétexte utile et demandé par les jeunes

Du côté des Missions Locales |

Comment remobiliser vers l’emploi ou la formation des jeunes qui ne trouvent plus leur place dans les dispositifs de droit commun existants ? C’est le pari que s’est fixée la Mission Locale de Lille en mettant en place les actions collectives « Se mobiliser sur son projet professionnel par le BAFA ou le PSC1 ». Ces actions sont portées par Olivier Jastrab, directeur-adjoint et Khalid Chaabi, chargé de projet qui encadre le dispositif. Yazid Khloufi témoigne de son parcours depuis sa formation BAFA. Khalid Chaabi livre ici les caractéristiques de ces actions.

« L’animation, c’est fait pour moi !», témoignage de Yazid Khloufi

« J’ai passé le stage Bafa au mois de juillet 2013. J’en ai retiré que l’animation, c’est fait pour moi ! C’est ce que je fais en ce moment et, le stage, c’était vraiment une confirmation de ce que je voulais faire. Cela fait déjà un moment que j’avais ça en tête (j’avais travaillé avant en centre de loisirs). Je suis maintenant animateur-chauffeur en Emploi d’avenir au Luc (Lille Université Club). Je travaille avec des jeunes de moins de 15 ans. Pendant les périodes scolaires, je m’occupe d’une section de tennis en sports études et pendant les vacances scolaires, je fais de l’animation au centre de loisirs. »

« L’internat, c’est la vraie plus-value », Interview de Khalid Chaabi

Pouvez-vous revenir sur la genèse de cette action ?

Nous sommes partis des constats suivants : des décalages marquants entre les attentes des employeurs voire de certains centres de formation qualifiante avec un nombre croissant de nos publics en manque de repères, de savoir-être avec peu ou sans expérience des réalités du monde du travail. La notion de construction d’un parcours cohérent d’insertion professionnelle quand elle se conjugue avec une perte d’estime et de confiance en soi, de repli, voire d’isolement peut aussi sembler insurmontable pour certains jeunes.

Pour remobiliser ce public, la Mission Locale de Lille a créé des actions pour enclencher des dynamiques positives via des supports attractifs, comme le Bafa (base) et le PSC1.

La Base Bafa et le PSC1 sont des supports connus et demandés par les jeunes. Leur obtention est parfois la première valorisation « certifiante » et gratifiante pour ces derniers. La Mission locale utilise donc ces supports comme « prétextes valorisants » pour retravailler avec le public démobilisé, la notion de parcours vers la formation ou l’emploi.

En effet, en amont des actions BAFA et PSC1, la Mission Locale organise et anime pour les jeunes repérés par les conseillers professionnels, 5 à 6 ateliers autour de la connaissance de soi, de l’orientation, de la connaissance des métiers, de l’environnement professionnel, de l’accès aux réseaux d’information, de l’engagement dans les démarches sociales et professionnelles, du savoir être, de la prise de recul et de l’adaptation du comportement…

Ces actions, à raison de 4 BAFA et 4 PSC1, reparties sur l’année sont financées par la politique de la ville.

Comment s’effectuent les formations ?

Pour les actions BAFA, suite aux ateliers de préparation, les jeunes participent à une phase de préparation de deux jours en internat (généralement dans un espace de pleine nature très éloigné de leur lieu de vie) encadrée par les Eclaireurs de France, partenaires de la Mission Locale sur cette action, afin de consolider le projet de devenir animateur mais également vivre une expérience de vie en collectivité.

Ces deux jours de sensibilisation dans « les verts pâturages des Flandres » précèdent une semaine d’immersion totale loin de chez soi pour préparer et valider la base BAFA. Soit un total de sept journées d’internat.

Le BAFA, c’est un prétexte utile et demandé par les jeunes. Au-delà de cela, c’est un séjour de rupture dans le quotidien des jeunes, la rupture avec leur logique de quartier, leurs habitudes. L’objectif est de leur montrer du professionnalisme, du savoir-être en groupe, de ne pas forcément être avec des gens qu’ils ont choisis. C’est une première étape aussi vers l’immersion dans un environnement professionnel. Les jeunes dépendent des règles fixées par la structure. On crée aussi de vraies relations avec les professionnels et avec les autres jeunes. J’y vais une demi-journée deux fois par semaine et je fais un bilan avec chaque jeune et un bilan avec les formateurs.

Les résultats sont-ils positifs ?

Depuis 2011, la Mission Locale de Lille a permis à 240 jeunes de vivre une expérience collective autour de la préparation de la base BAFA en internat, avec une réussite pour le BAFA proche des 95% et un taux de suite de parcours vers la formation ou l’emploi supérieur à 80%.

Concernant le PSC1, la dynamique de préparation reste la même avec un public plus éloigné encore de la formation et de l’emploi. Les taux d’obtention du PSC1 sont proches des 100% avec des suites de parcours proches des 75%. Depuis 2011, ce sont 120 jeunes qui ont participé aux actions PSC1.

Les objectifs sont donc remplis. On a aussi créé une cohésion de groupe, ce qui n’est pas négligeable. Les jeunes « se tirent vers le haut. » En général, ils restent en contact après leur session, viennent me voir en groupe pour me dire « Que fait-on là-dessus… ? »

Ce qui est très positif aussi, c’est que je peux faire appel à toutes les ressources en interne à la Mission Locale pour fournir de l’information aux jeunes. Par exemple, dernièrement, un jeune a voulu créer son association. Il a eu rendez-vous avec le CLAP, la maison des associations, avec le centre social…

Beaucoup de ces jeunes ont été recrutés sur des postes en périscolaire, en emploi d’avenir, pour citer quelques exemples de trajectoires vers l’emploi. Mais le plus important c’est que le jeune ait repris en main son insertion professionnelle.