Etre ici, c’est déjà agir

Du côté des Missions Locales |

La Mission Locale Nord Essonne a lancé depuis le mois d’avril des groupes de parole de familles de jeunes détenu(e)s. L’expérimentation, naissante, commence à prendre corps : le groupe se réunit une fois par mois. Récit de Cécile Creuze, conseillère et accompagnatrice de projets, qui est à l’initiative de ce projet, avec Valérie Landais, conseillère et coordinatrice Justice pour la Mission Locale et Bernadette Mesmin, responsable d'antenne.

« En tant que conseillère, je suis souvent en contact avec les familles. A un moment donné, j’ai eu régulièrement une maman au téléphone. Son fils était en détention et elle m’a dit qu’elle n’avait personne à qui parler de sa situation. Parce qu’on n’en parle pas facilement à ses voisins, à ses collègues… J’ai alors cherché des groupes de parole sur cette thématique, sans succès. J’avais simplement trouvé des forums sur Internet. Des choses existent, certes, mais relèvent plutôt de l’entraide pratique.

A la Mission Locale, on s’est alors dit qu’on ferait bien le pari que ces parents ou plus largement ces familles avaient des choses à se dire et à partager ensemble.

Il s’avère qu’en parallèle, j’ai entamé une formation de thérapeute familiale qui m’a apportée un certain nombre de compétences pour pouvoir accompagner le groupe.

On a d’abord demandé aux jeunes concernés s’ils étaient en accord avec cette démarche. On a commencé en avril, et c'était parti sur un rythme d'une fois par mois. Cela se passe le samedi matin pour que les familles puissent être disponibles, dans une salle de maison de quartier, pas à la Mission Locale. 9 à 10 familles sont présentes.

La première invitation consistait en une matinée d’échange « autour d’un café » avec la Mission Locale L’objet précis de la réunion n’était pas formulé, afin d’éviter la stigmatisation. Les familles avaient aussi été appelées par mes collègues pour expliquer la démarche.

C’est lors de la première réunion que nous avons soulevé le fait qu’ils avaient comme point commun d’avoir un enfant, un frère ou une soeur qui était en détention ou qui l’avait été. Le groupe pour l’instant reste ouvert, ce ne sont pas forcément les mêmes personnes qui viennent : le groupe est en cours de constitution.

A la première réunion, un papa a dit : « Etre ici, c’est déjà agir ». Il s’agit donc bien de partager une expérience commune très difficile à vivre. Les personnes présentes ont tout de suite parlé, échangé, ont demandé à la fin quand ils se reverraient. C’était très important pour nous : on voulait avoir leur avis sur la suite à donner à cette première réunion. Ici, à Nord Essonne, on est animé par la Recherche-action collective « Agir pour et avec les jeunes sur un territoire » (recherche-action menée par l’institut Bertrand Schwartz, soutenu par l’UNML). S’ils ne souhaitaient pas continuer, on arrêtait : on ne décide pas à leur place.

Notre souci, c’est l’accompagnement de la sortie. La relation avec la famille est vraiment extrêmement importante. La question posée maintenant, c’est ce que veulent ou voudront faire de ces paroles les familles participantes.