« Esprit d’entreprendre : tout ce qui est acquis sera transférable dans la vie professionnelle du jeune »

Du côté des Missions Locales |

La Mission locale des Pays de Briey participait à la journée professionnelle du 13 février 2014, organisée par l’UNML et par l’ANGC, au sujet de l’esprit d’entreprendre des jeunes. Christine Mailfert, directrice de la Mission Locale des Pays de Briey, revient sur les sessions organisées depuis 10 ans par la Mission Locale autour de ce thème.

Comment définiriez-vous l’esprit d’entreprendre, par rapport à l’esprit d’entreprise, chez les jeunes que la Mission Locale des Pays de Briey accompagne ?

Quand les jeunes disent « je veux monter mon entreprise ou une activité », il n’y a pas forcément derrière la connaissance de l’entreprise et de l’entrepreneuriat. C’est par la suite qu’Orlane Antoine, la conseillère chargée de ce sujet à la Mission Locale de Briey, leur fait réellement prendre conscience de ce que c’est qu’une entreprise, et de ce qu’est la création d’entreprise. Au démarrage, ils partent plus sur « J’ai envie de… ». C’est sur cette envie de départ que nous les accompagnons pour les aider à définir un projet. C’est cela l’esprit d’entreprendre. Je dirais que les jeunes y voient, au début au moins, une solution rapide.

Comment la Mission Locale s’est-elle intéressée à l’esprit d’entreprendre ?

En Lorraine, nous sommes les seuls à travailler sur un projet comme celui-ci. Ici, au moment où l’action a commencé, il existait sur le territoire une plateforme d’accueil des créateurs d’entreprises (Homegal et l’espace Conseil entreprise) qui existe depuis 1996. Il s’avère qu’Orlane Antoine avait envie de s’engager sur ce thème. Parallèlement, l’espace conseil entreprise pouvait repérer et recevoir des jeunes qui venaient directement chercher des informations. C’est dans ce cadre-là que la Mission Locale a fait partie de ce partenariat. De fait, la conseillère a continué à s’investir et à se former jusqu’à obtenir ce que l’on met en place actuellement.

Pourriez-vous nous décrire les actions menées pour accompagner les porteurs de projet ?

Trois phases sont mises en place : la phase d’accompagnement, la phase « Ecole du projet » et la phase « Post création ». Orlane Antoine fait toujours partie de l’espace Conseil entreprise, ce qui nous permet de repérer le public jeune qui a envie de créer une activité et ainsi de pouvoir suivre ce public en accompagnement individuel. Il y a aussi le travail de repérage qu’Orlane et les autres conseillères peuvent faire directement en Mission Locale. L’accompagnement des porteurs de projets est renforcé. Les entretiens sont à la fois plus longs et plus ciblés.

On propose ensuite à ces jeunes de faire partie d’une « Ecole du projet » : un groupe de 8 à 12 jeunes est accompagné pendant six semaines, à temps plein. Cela leur permet de travailler sur toutes les techniques et les outils qu’un jeune créateur doit posséder avant de le maitriser. La conseillère intervient sur certains domaines mais nous faisons également intervenir des professionnels de la banque, des assurances, de l’immobilier, de la communication, de l’image de soi, etc. Autant de professionnels de l’entreprise qui viennent apporter leurs techniques et leurs savoir-faire. Ils viennent échanger avec les jeunes sur ce qu’est réellement une entreprise.

Nous parlons donc ici de la création d’entreprise, plutôt que de l’esprit d’entreprendre ?

On est effectivement parti sur l’esprit d’entreprise. Il s’avère que sur l’avant-dernier module mis en place pour s’assurer de la participation d’un certain nombre de jeunes, on a ouvert à des porteurs de projets au sens large. Nous considérons que tout ce qui est acquis, même auprès des professionnels de l’entreprise, sera transférable dans la vie quotidienne et dans la vie professionnelle quelle qu’elle soit, y compris l’entrée dans la vie professionnelle comme salarié. L’objectif est que les jeunes puissent acquérir leur propre autonomie.

Comment se déroule une session ?

Ces six semaines sont encadrées par Orlane Antoine, un parrain bénévole et on y fait intervenir l’ensemble des professionnels qui sont également des bénévoles. Ils viennent chacun à des moments précis faire leurs interventions. Le fil rouge de ce projet, c’est que le collectif soit en capacité de travailler pendant ces six semaines à la création d’un projet fictif, réalisé à partir du désir du jeune. Chaque projet est ensuite présenté à l’ensemble des partenaires le jour du bilan. Chaque partenaire leur fait un retour à ce moment-là ; les projets sont ainsi confrontés à la réalité. Et les jeunes vont également passer une semaine en entreprise.

Nous sommes exigeants avec les jeunes car les semaines sont regroupées et il y a du travail à fournir. Tous les projets fictifs demandent un engagement individuel qui est important.

Souhaiteriez-vous nous parler d’une session particulière ?

Oui, pour une des sessions de 2013, nous avons imposé un cahier des charges : « On vous donne tous les outils de communication de la Mission locale de Briey, dites-nous ce que vous en pensez et proposez-nous un flyer ou une affiche qui pourra être proposé au Conseil d’administration ». C’était un beau challenge pour eux, qu’ils ont gagné ! Deux flyers ont été proposés et l’un deux servira effectivement pour la Mission Locale.

C’était un autre angle : mettre au centre la participation des jeunes et prendre en considération leur regard sur les actions qui les concernent. Pour nous, c’était très intéressant de voir qu’elle pouvait être leur perception.

Eléments de bilan

En 2012 et 2013 : 3 sessions par an. Financement : fonds social européen, Etat, Conseil régional, Conseil général.

Accompagnement individuel

Sur les 65 jeunes accompagnés, on constate un changement des pratiques et des mentalités : - Ils sont plus nombreux à vouloir créer leur propre emploi dans les 6 premiers mois de leur inscription à Pôle Emploi (64% en 2012/2013 contre 50% en 2011). A contrario, les jeunes salariés ont moins d’appétence pour la création d’entreprise (15% en 2012/2013 contre 26% en 2011). Avant de se lancer, ils veulent acquérir de l’expérience professionnelle et constituer un capital financier suffisant. - 87% des participants se situent sur la tranche d’âge 17-24 ans. Cependant, on constate une recrudescence des jeunes voir très jeunes porteurs de projets de 17/18 ans (12% en 2012/2013 contre 1% en 2011). Ils ont de plus en plus l’esprit entrepreneurial. Ils n’hésitent pas à saisir des opportunités. Cependant un accompagnement renforcé reste indispensable. - Le niveau de qualification V prédomine (48% en 2012/1013 contre 36% en 2011). Les jeunes diplômés dans le secteur artisanal disposent de compétences professionnelles qui leur permettent de créer.

L’absence de formation et de qualification nécessaire à l’exercice de l’activité et le manque de maturité et de confiance sont les causes principales du fort taux d’abandon des jeunes accompagnés (soit 35%). C’est pourquoi, la Mission Locale a fait appel à un coach en développement personnel.

Ecole du Projet

19 jeunes ont participé à l’action Ecole du Projet. Trois sessions ont eu lieu : 2 sur un projet virtuel de création d’entreprise et 1 sur un projet réel. Ce dernier fait suite aux désirs de changement des jeunes : s’investir dans un projet concret et utile à leurs projets respectifs. La forme du concept est modifié mais le fond reste inchangé : le dénominateur commun est l’acquisition de méthodologie de montage de projets.

Du 5/01/2013 au 15/02/2013, 4 jeunes ont « planché » sur la création d’un institut de beauté spécialisé dans le fish spa (poissons docteurs reconnus pour le traitement des plaies et maladies de peau). Malgré tous nos efforts, le travail de sensibilisation du public (réunions d’informations collectives à Pôle Emploi, diffusion de réseaux sociaux, création de plaquettes de communication) n’a pas eu les effets escomptés d’où le faible nombre de participants à cette première session.

Du 14/05/2013 au 14/06/2013, 5 jeunes ont travaillé sur la création d’un bar à ambiance avec mise en place de soirée à thèmes.

Du 28/10/2013 au 15/11/2013, 10 jeunes ont œuvré sur un projet réel autour de l’axe communication. Il repose sur une réflexion commune des jeunes relative à la promotion de l’activité de la Mission Locale. Le diagnostic réalisé par les jeunes les ont conduits sur le terrain de l’apprentissage des outils de communication et de leur mise en œuvre en respectant un cahier des charges. Ce savoir acquis, tout au long de cette action, a pu être transféré vers leurs projets de création d’entreprise.

Suivi post création 2013

8 jeunes ont bénéficié d’un suivi post création en individuel et en collectif. Au vu du contexte économique fragilisé, les jeunes ont toujours cette volonté d’entreprendre mais différemment : ils n’hésitent pas à solliciter de l’aide auprès de professionnels et prennent le temps de construire leurs projets. Contrairement aux années précédentes, le nombre d’auto entrepreneurs a baissé (en 2011, 18 auto entrepreneurs contre 5 en 2012/2013).