« Chemins croisés », quand jeunesse et entreprise se rencontrent

Du côté des Missions Locales |

Huit jeunes de la Mission Locale de l’Orléanais, deux conseillers et dix chefs d’entreprises du centre des jeunes dirigeants sont partis construire une salle de classe au pays Massaï, dans le cadre du projet « Chemins croisés » lancé en partenariat avec le centre des jeunes dirigeants orléanais. Interview de Dominique Lecoq, chargé de mission à la Mission Locale, en charge de la communication et des projets innovants.

Pouvez-vous nous raconter « l’aventure » Chemins croisés ?

« Chemins croisés » est un label que nous avons créé il y 8 ans en partant du concept que « l’exclusion à la Française » n’est pas seulement le résultat des causes macro ou microéconomiques mais aussi celui des regards pas forcément bienveillants portés sur les jeunes, teintés de discrimination et de clichés. « Chemins croisés », c’était donc l’idée se faire se rencontrer jeunesse et entreprise. Cela a commencé en 2006 par une journée avec un petit challenge sportif de 20 entreprises et 20 jeunes de la Mission Locale et puis cela a grandi pour arriver à ce projet d’importance porté avec le CJD.

C’est aussi parti d’un constat : il est très difficile de faire en sorte que les entreprises participent aux événements de la Mission Locale. Quand nous organisons un événement, il y a par exemple 200 personnes des services sociaux et réseaux d’insertion et 20 entreprises. Il y a un an, Emmanuelle Lesoil, présidente du CIJ d’Orléans, qui a derrière elle 80 dirigeants d’entreprise, est venue me voir en me disant : « J’ai l’ambition d’organiser un gala devant 650 personnes dont le thème serait de rapprocher jeunesse et entreprise. » Bien entendu, nous avons tout de suite dit banco et c’est comme cela que c’est parti !

Jeunesse et entreprises sont deux mondes qui se connaissent mal. Du côté des jeunes en insertion des Missions Locales, ce sont des « invisibles» : ils sont des millions à essayer de trouver une place dans la société, entre précarité, échecs et micro-réussites. Du côté des dirigeants, ce ne sont pas des patrons de grands groupes, avec des rémunérations exorbitantes, ce sont des dirigeants de PME, eux aussi sont souvent des invisibles, qui ont souvent une mauvaise image auprès des Demandeurs d’emploi. Se faire rencontrer ces deux mondes, c’est vraiment l’ambition du projet. Pour la Mission Locale, le défi est de faire un Gala des Chemins Croisés devant 650 personnes dont 550 de l’entreprise. La proportion est donc complètement inversée par rapport à nos rencontres habituelles.

Comment est née l’idée du projet solidaire ?

Il nous semblait important de faire quelque chose ensemble, de partager un événement . Et l’idée de la mission de solidarité émane du CJD. Le chantier en Tanzanie a duré deux semaines, entre fin février et début mars 2014. Deux semaines, c’est déjà en soi une expérience pour des jeunes qui n’ont jamais quitté leur famille ou leur environnement, et pour des patrons aussi, sans smartphone et sans contact avec leurs entreprises.

Le chantier, c’était debout à 5 heures, le début du chantier devant le Kilimandjaro à 6 h jusqu’à 14 heures : un vrai défi physique et pour tous de la fatigue, du labeur. Tout cela a créé un esprit d’équipe formidable, des complicités et des solidarités entre jeunes et dirigeants. Cela nous a dépassé et nous a liés de manière incroyable.

Comment s’est passé la préparation ?

Depuis un an, c’est une préparation importante, tout simplement parce qu’on voulait être sûr d’aller au bout du projet. Plus de 10 rencontres au total entre le CJD et la Mission Locale , 4 séminaires avec l’ensemble du groupe, des heures passées au téléphone. Emmanuelle Lesoil sait très bien organiser des voyages d’entreprise, je sais très bien organiser des projets de jeunes. Ici , le challenge consistait à réunir deux cultures différentes. Concernant le budget, par exemple : le budget global est de 80 000 euros. Le mécénat d’entreprise s’élève à 80%, que le CJD a collecté. Du côté Mission Locale, nous avons reçu une subvention du Conseil régional et nous avons sollicité des ressources de notre réseau de partenaires.

Cette expérience est le fruit d’un partenariat avec le centre des jeunes dirigeants. Comment va-t-il continuer ?

Notre ambition est de partir d’un projet aussi « extraordinaire » que ces « Chemins Croisés » pour construire un partenariat d’estime entre le CJD et la Mission Locale, en faisant en sorte que les jeunes dirigeants changent leurs regards sur les jeunes accompagnés par les Missions Locales et vice versa. Déjà, des dirigeants du projet sont venus à la Mission Locale pour recruter des jeunes en Emploi d’avenir. Ils se sont aussi engagés à proposer leur aide aux jeunes dans leur parcours d’insertion, pendant une durée d’un an. Cela a débuté concrètement par l’accompagnement par trois dirigeants d’un jeune qui construit un projet de création d’un restaurant.

Derrière tous ces efforts, l’idée est bien de construire dans la durée un réseau de connaissances intrapersonnelles pour pouvoir faire se rencontrer plus facilement un dirigeant et un jeune de Mission Locale pour favoriser l'insertion professionnelle du jeune.

Pour en savoir plus

Le blog de "Chemins croisés"