Aller à la rencontre des personnes sourdes : vers la mise en évidence d’un besoin d’accompagnement

Du côté des Missions Locales |

La Mission Locale Technowest souhaite améliorer l'accueil des personnes handicapées. Manon, volontaire en Service Civique, elle-même sourde, a pour mission de mettre en évidence les besoins spécifiques des personnes sourdes. Interview de Stéphanie Curic, tutrice de Manon, référente Handicap à la Mission Locale, en mission d’appui auprès des conseillers et d’accompagnement auprès des jeunes en situation de handicap.

Pouvez-vous nous raconter comment vous avez rencontré Manon et comment vous avez commencé à construire le projet ?

Il y a deux ans, Manon a effectué un stage d’un mois à la Mission Locale, pour une première découverte du métier de conseillère en insertion. Cela a été une riche expérience pour moi de participer à son apprentissage en tant que conseillère. Le handicap de communication, je le connaissais dans ma pratique. Mais la rencontre avec Manon, c’était quelque chose de particulier. Manon était aidée lors des entretiens par une codeuse en LPC ( langage parlé complété), parce que Manon lit sur les lèvres. Elle pratique aussi la langue des signes. La codeuse vient aider à la communication pour que Manon puisse mieux comprendre et différencier les mots qui se ressemblent. Nous avons beaucoup travaillé ensemble à l’apprentissage des dispositifs, comme tout stagiaire conseiller à la Mission Locale.

Manon est actuellement volontaire en Service Civique dans mon service. Je suis sa tutrice, cela s’est fait naturellement.

J’ai suivi de mon côté une formation en langue des signes depuis décembre (4 niveaux de formation). Cela nous permet de communiquer toutes les deux. Nous avons aussi fait intervenir un organisme spécialisé dans la surdité qui est venu faire une sensibilisation et nous donner des outils, lever des a priori. Ce sont souvent des peurs qui viennent gêner la communication. Et nous nous appuyons aussi sur l’écrit, sur des mimes… Tout peut aider à la communication.

Pouvez-vous nous décrire sa mission actuelle ?

Sa mission consiste à proposer un accueil des personnes sourdes en langue des signes. L’idée était d’identifier la demande d’insertion de ces personnes. Avec Manon, c’était un axe de réflexion depuis deux ans : il n’existait pas réellement de diagnostic qui nous permettait d’aider cette population et quelles étaient leurs besoins en terme d’insertion sociale et professionnelle. Les personnes sourdes ne sont que rarement à Pôle Emploi, à Cap Emploi ou à la Mission Locale.

Finalement, nous avons dépassé nos attentes. Nous ne savions pas du tout combien de personnes nous pouvions accueillir. Nous voulions essayer de comprendre les besoins des personnes. Manon a vu plus d’une trentaine de personnes depuis le mois de décembre, tout âge confondu. Mais cela dépasse le territoire. Il y a eu aussi le forum de l’emploi à Mérignac, comme chaque année, et on s’est dit qu’on allait proposer un atelier conseil – CV – lettre de motivation en direction des personnes sourdes. En une semaine, l’atelier était complet, avec 15 personnes, ce qui est énorme. Nous avons donc pu toucher au total plus de 40 personnes.

Comment l’information a circulé sur le territoire ?

Nous avons commencé par communiquer vers le réseau. Et nous avons aussi communiqué vers les associations et les structures pour personnes sourdes. Au début de sa mission, Manon s’est faite filmée par un jeune sourd qui vient de créer sa société de réalisation vidéo. Il l’a traduit et adapté pour la population sourde. Manon y expliquait qu’elle accueillait des personnes sourdes, qu’elle les accompagnait dans leur recherche. Cette vidéo est diffusée dans le réseau des associations de personnes sourdes à Bordeaux.

L’information a circulé de personne à personne : la communication va très vite au sein de cette communauté. En tout cas, les premiers retours sont positifs : les dispositifs d’accompagnement pour personnes sourdes sont quasiment inexistants. Notre démarche révèle un réel vide. Pour l’instant, nous en sommes à l’étape de l’analyse de la mission de Manon, pour ensuite nous engager dans une démarche au long cours.