Repérer et accompagner les jeunes ayant développé des troubles de l'apprentissage «dys»

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Les troubles de l’apprentissage de type «dys» sont encore insuffisamment diagnostiqués pendant l’enfance et la scolarité. Il est donc primordial de repérer les jeunes «dys» cherchant à entrer sur le marché du travail, afin de développer un accompagnement adapté à ces troubles. Rencontre avec Vincent Lochmann, vice-président de la fédération française des dys, qui revient aussi sur une offre de formation dédiée aux professionnels de l’accompagnement.

Pourriez-vous définir rapidement les différents troubles du langage de type « Dys » ?

La dyslexie et la dysorthographie sont les troubles de l’apprentissage les plus connus du grand public, ce sont les troubles du langage écrit : il s’agit d’une altération spécifique et significative de la lecture (dyslexie) et/ou de la production d’écrit et de l’orthographe (dysorthographie).La dysphasie est le nom donné aux troubles du langage oral et la dyspraxie à celui du trouble de la coordination des gestes, des mouvements. Les troubles relevant de la dyscalculie sont une altération de la capacité à comprendre et à utiliser les nombres.

6 à 8% de la population seraient concernés par ces troubles de l’apprentissage (nous avons du mal à avoir des données fiables). Ce qui signifie qu’il y a beaucoup d’enfants, de jeunes, d’adultes qui seraient concernés par ces troubles.

Voyez-vous des évolutions depuis quelques années ?

De plus en plus d’enfants et d’adultes sont diagnostiqués précocement, car l’orthophoniste, le médecin généraliste, le médecin scolaire, et plus spécifiquement le médecin du travail , ont pris conscience de l’existence de ces troubles, qui sont de mieux en mieux repérés.

Nous avons cependant identifié une difficulté au repérage des enfants, notamment ceux grandissant dans un contexte social et économique fragile : en effet, ceux-ci ont plus de mal à être repérés parce que ce sont les difficultés sociales qui sont la plupart du temps identifiées comme causes de difficultés des apprentissages. Alors que ces enfants auraient besoin d’un accompagnement spécifique adapté à ces troubles.

Et qu’en est-il des jeunes adultes ?

Parmi les jeunes en insertion, des jeunes peuvent être « dys », sans avoir été repérés du tout, soit avoir été pris en charge précocement ou encore insuffisamment accompagnés.

Nous rencontrons un tableau assez courant : il concerne des jeunes qui ont rencontré des difficultés pendant tout leur parcours scolaire. En plus des difficultés avec la lecture et l’écriture, ces jeunes ont développé une très mauvaise image d’eux-mêmes. On leur a souvent répété qu’ils étaient nuls, pendant toute leur scolarité. Il y a alors deux grands types de réaction : soit les jeunes se persuadent qu’ils n’arriveront jamais à rien, soit qu’ils peuvent y arriver tout seuls, sans l’aide de personne et en cherchant à masquer leurs difficultés.

Une chose très importante : ces jeunes mettent beaucoup d’espoir dans leur insertion professionnelle. Ils n’ont pas réussi à l’école, ils souhaitent montrer qu’ils « savent faire » en entreprise. A ce moment, si les premiers pas en entreprise les renvoient à nouveau à leurs difficultés, cela confortera l’image dégradée qu’ils ont d’eux-mêmes.

Les jeunes développent cependant des compétences particulières. Quelles sont-elles ?

Les jeunes développent des stratégies de contournement : nous voyons beaucoup de jeunes ayant des difficultés pour écrire qui développent des astuces pour mémoriser et ne pas avoir à noter par exemple.

Les jeunes qui ont du mal avec l’écrit auraient beaucoup dessiner dans leur cahier quand ils étaient enfants ; certains développent des talents de graphiste ou de dessinateur ; d’autres encore sont de très bons orateurs.

La fédération a élaboré un catalogue de formation dont une partie est dédiée aux professionnels de l’accompagnement. A quels besoins répondent ces formations ?

La fédération, qui est une fédération d’associations de parents, a construit les formations en partant du vécu des familles, tout en y associant un certain nombre d’experts de l’éducation, de la santé, des praticiens…. La fédération a co-construit ces programmes de formation avec un comité scientifique.

La fédération a d’abord été beaucoup sollicitée par des entreprises pour sensibiliser, expliquer à leurs salariés les différents troubles « dys ». Puis, elle l’a été pour accompagner des jeunes dans l’emploi, faciliter leur arrivée et leur maintien dans un emploi. Nous nous sommes aperçus par exemple que si une personne peut s’adapter dans un poste de travail, il faut l’accompagner si son environnement de travail et les périmètres de sa mission changent.

Une grande partie de nos formations est dédiée aux professionnels qui accompagnent les jeunes et les moins jeunes vers et dans l’emploi. L’idée est de les outiller pour repérer les « dys » parmi les personnes qu’ils suivent : comment identifier des difficultés liées à ces troubles spécifiques de l’apprentissage, décrire l’impact sur la planification du travail, l’organisation d’un bureau, les tâches concrètes d’un poste de travail.

La fédération met en lumière l’efficacité de certains outils de remédiation, en particulier des outils informatiques : comment choisir l’outil qui est sensé aider, qui permet une prise en main rapide… au lieu d’ajouter des difficultés supplémentaires.

Pour en savoir plus

Visiter le site de la fédération française des dys