Une fois les attitudes professionnelles acquises, le jeune apprendra son métier « sur le tas » (CJE, Québec)

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Fabrice Dehaene, directeur de la Mission Locale rurale ternois Haut pays (Hauts-de-France), revient du voyage d’études à Québec, organisé en octobre dernier dans le cadre du partenariat UNML-OFQJ-RCJEQ (Réseau des carrefours jeunesse emploi du Québec). Il partage ici ses premières réactions et idées.

Rendez-vous dans le prochain numéro avec Steva Sousseing et Matthieu Ciesco, professionnels de la Mission Locale Nord Essonne, partis en voyage d'études à Québec également.

Suite à ce voyage, que trouveriez-vous particulièrement intéressant de partager avec votre équipe ?

Nous avons vraiment eu la possibilité de participer là-bas à tous les ateliers des carrefours jeunesse emplois et aussi d’échanger avec nos homologues sur les projets, les actions et les outils mis en place.

Nous avons commencé à réfléchir avec des membres de l’équipe de la Mission Locale à certains outils existants là-bas, notamment l’approche du développement de chaque jeune par le biais de la mise en place d’une entreprise virtuelle. Le jeune « joue » un rôle relevant d’une des fonctions d’une entreprise : secrétaire, commercial, directeur, ouvrier polyvalent… A titre d’exemple, il existe là-bas un service à la collectivité pour nettoyer les graffitis, porté par le CJE. Les jeunes, accompagnés par le CJE, prennent part à l’activité, avec les tâches d’organisation d’équipe, de courrier, de travail RH, de prospection commerciale… Ces séquences font partie du travail d’accompagnement à proprement parler : ateliers sur le budget, sur les CV, etc. Cela permet au jeune de se projeter en tant que commercial, par exemple, même s’il n’a jamais exercé. C’est un apprentissage grandeur nature.

Autre exemple : nous allons tisser des relations avec un carrefour jeunesse en milieu rural qui veut travailler sur un projet agricole. Comme nous avons travaillé sur ce type de projets, nous allons continuer à échanger.

Ces différentes journées ont aussi permis de voir combien le Québec défendait l’accompagnement global, nous nous sommes bien retrouvés dans les propos du Premier ministre du Québec, que je cite de mémoire : «il serait vain d’accompagner avec une temporalité immédiate, on doit respecter une temporalité différenciée. Il ne faut pas se tromper de débat, réussir l’emploi, c’est d’abord réussir un parcours de vie. Si l’emploi est considéré comme une finalité, nous sommes voués à l’échec si nous ne prenons pas en compte la globalité de la personne, son rythme, nous sommes dans l’humain».

Qu’est-ce qui vous a paru fondamentalement différent dans le travail avec les jeunes, entre les Missions Locales et les CJE ?

Tout d’abord, le ou la conseillère ne reçoit pas forcément le jeune derrière un bureau. Il y a toujours des fauteuils et il reçoit souvent le jeune en étant côte à côte. Ils sont donc plus dans une relation d’égal à égal.

Il y a une logique différenciée. Les collectifs se déroulent sur du temps long et il n’y a pas d’atelier qui ne s’organise qu’une fois sur un même sujet.

Le travail formalisé sur les attitudes professionnelles à développer est particulièrement intéressant. Ils partent du principe que le jeune n’a pas forcement toutes les compétences requises ou savoir-faire. Les attitudes à développer relèvent donc plus d’autres éléments : savoir être , prestance , organisation, patience , communication, initiative , efficacité , assiduité , respect, protection du travail, tenue vestimentaire, autonomie , persévérance , esprit d’équipe , intégrité, débrouillardise, maturité , vigilance , audace, jugement, proactivité.

Les conseillers travaillent ces thématiques-là avec le jeune car ils partent du principe que si le jeune les travaille, cela vient largement compenser le manque d’expérience et de qualification. En effet, l’entreprise considère aujourd’hui de façon pragmatique qu’ils ont besoin de gens, qu’ils ont parfois du mal à recruter. Mais une fois la personne en poste, stable, une fois qu’elle a acquis toutes les attitudes professionnelles, elle apprendra son métier « sur le tas ». Je trouve cette approche très pertinente.