« Il y a encore beaucoup à faire pour que l’illettrisme poursuive son recul »

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L’UNML et l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) se rapprochent pour sensibiliser le réseau des Missions Locales aux enjeux de la lutte contre l’illettrisme chez les jeunes. Afin de mieux appréhender les actions des Missions Locales en ce sens, un appel à contribution peps-missionslocales.info est lancé aujourd'hui. Rencontre avec Hervé Fernandez, directeur de l’ANLCI, qui revient sur les actions menées et à mener encore pour que l’illettrisme ne s’enracine pas et que l’on puisse proposer des solutions adaptées aux personnes confrontées à ces difficultés.

Lancement d’un appel à contribution « Illettrisme » sur peps-missionslocales.info

L’objectif est de faire remonter toutes les initiatives des Missions Locales dans le champ de la lutte contre l’illettrisme, en associant les ARML et les Centres Ressources Illettrisme (CRI) et de restituer ces travaux (capitalisation et échanges des pratiques).
Participer à l'appel à contribution

Quelle est la définition de l’illettrisme ?

L’illettrisme concerne des personnes qui ont en commun d’avoir été scolarisées dans notre pays et ne parviennent pas à se faire comprendre en écrivant ou à comprendre un message très simple de la vie quotidienne en le lisant, comme une notice, une consigne de travail, par exemple. C’est donc différent des situations d’analphabétisme qui concernent des personnes qui n’ont jamais été scolarisées et de l’apprentissage du français langue étrangère qui concerne les personnes qui ne parlent pas notre langue.

La situation d’illettrisme est invisible : les personnes ont tendance à cacher leurs difficultés. Pour résoudre ce problème, il faut le nommer, le mesurer, agir sur tous les fronts et diffuser les bonnes pratiques pour proposer des solutions plus nombreuses aux personnes.

7% de la population de 18 à 65 ans, soit 2,5 millions de personnes sont confrontées à l’illettrisme. On relève que plus on avance en âge, plus les difficultés augmentent : la moitié a plus de 45 ans.

Sur ces 2,5 millions, 9% sont âgées de 18 à 25 ans. Quand on regarde les groupes d’âges, 4% des 18-25 ans sont en situation d’illettrisme.

Voyez-vous une évolution ?

L’enquête conduite systématiquement pendant les Journées Défense Citoyenneté permet de mesurer un léger tassement sur la classe d’âge 17-18 ans, en dessous de 4 %.

La première enquête « Information et Vie quotidienne » (Insee-ANLCI), qui a été réalisée en 2004 avec un module de test fourni par l’ANLCI, dénombrait 3,1 millions de personnes en situation d’illettrisme. L’enquête a été rééditée en 2012 avec les mêmes outils de mesure et ce nombre s’élève désormais à 2,5 millions, qui correspond à une diminution de 20 % des personnes concernées.

Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer. Tout d’abord, la prévention et la lutte contre l’illettrisme ont été considérées comme une priorité par l’Etat, les régions et les partenaires sociaux, et cela depuis plusieurs années. Des plans régionaux de prévention et de lutte contre l’illettrisme ont été mis en place à notre initiative. Ensuite, les actions de prévention commencent à porter leurs fruits. Les jeunes en situation de « décrochage » bénéficient maintenant d’un soutien systématique par exemple. Des solutions plus nombreuses sont aussi proposées dans le cadre des dispositifs de seconde chance. Avec les acteurs de l’apprentissage comme le CCCA-BTP, nous avons mis au point une méthode d’intervention dans les centres de formation d’apprentis qui permet aux jeunes en difficulté avec les compétences de base de réussir. Et il y a désormais un volume plus important de formations pour les adultes qui réapprennent à lire et à écrire grâce au travail que nous avons conduit avec les branches professionnelles, les OPCA, les Fongecif, le CNFPT et l’ANFH : les entreprises publiques ou privées investissent davantage dans le développement des compétences de base.

Mais il y a encore beaucoup à faire. Trop de jeunes sont encore confrontés à ces difficultés.

Comment l’ANLCI travaille-t-elle ?

Pour s’attaquer à l’illettrisme, l’Agence produit ce qui manque pour que ceux dont c’est le métier puissent proposer des solutions plus efficaces et plus nombreuses à ceux qui en ont réellement besoin : l’Education nationale, les entreprises, les partenaires sociaux, les conseils régionaux, les collectivités territoriales, les partenaires de la société civile et les Missions Locales.

Nous apportons des données chiffrées, des définitions partagées par tous. Nos actions sont aussi organisées au niveau régional, avec la mise en place des plans régionaux de prévention et de lutte contre l’illettrisme préparés par nos correspondants régionaux en lien étroit avec les préfets, les recteurs, les présidents des conseils régionaux et les partenaires sociaux.

Enfin, nous apportons l’outillage nécessaire à tous ceux qui agissent ou souhaitent agir sans savoir comment faire : notre rôle est d’identifier les bonnes pratiques, de les formaliser et les faire connaitre au plus grand nombre. Cette action de diffusion des solutions contre l’illettrisme est mise en œuvre avec l’aide du fonds social européen, dans le cadre d’un programme national décliné localement.

Nous avons aussi travaillé à une plateforme de formation pour que les personnes en charge du CEP (Conseil en évolution professionnelle) ou simplement de l’accueil des personnes dans les services publics puissent être sensibilisées à la détection des indices qui peuvent révéler des situations d’illettrisme et qu’elles puissent parler aux personnes sans les gêner et sans être gênées elles-mêmes. [Article à lire prochainement dans l’Info Hebdo]

Quel est le lien de vos actions avec la plateforme de lutte contre le décrochage scolaire ?

Ce qui est très important, c’est que l’on puisse accompagner, dans le cadre de ces plateformes, des jeunes qui pourraient, si on ne fait rien pour eux, sortir de l’école et perdre ensuite leur capital en lecture et écriture. Les situations professionnelles sont aujourd’hui très exigeantes en ce qui concerne les savoirs de base. La présence massive du numérique augmente cette exigence. Tous les « décrocheurs » ne sont pas en situation d’illettrisme mais ce qui compte, pour les jeunes fâchés avec l’écrit, c’est de mettre en place des solutions qui leur soient adaptées.

Ces plateformes sont valorisées comme une action et une solution dans les plans de prévention et lutte contre l’illettrisme. Notre rôle est de bien montrer « qui fait quoi » dans les différents maillons de la chaine éducative pour que l’illettrisme ne s’enracine pas dès la petite enfance et que l’on puisse disposer de solutions pour sortir de cette situation, quel que soit son âge.

A lire également : L’UNML est signataire de la Charte ANLCI « Pour que le numérique profite à tous, mobilisons-nous contre l’illettrisme ».